Regard sur cette Diagonale... par Nathalie

Publié le par hexafoufou

Au journaliste de La Semaine qui est venu nous voir le lendemain de notre retour et qui me demandait de résumer cette Diagonale en un mot, j'ai répondu « à décanter » car je pense qu'il me faudra du temps pour prendre du recul, repenser aux moments forts de cette traversée. Me lancer dans un « bilan » écrit m'aidera peut-être à entamer le processus.

 

Nous sommes partis le cœur léger et pleins d'entrain, portés par le soutien de nos amis, Olivier et Valérie qui nous ont accueillis la veille du départ à Strasbourg. Nous avons eu la bonne surprise d'être accompagnés tout au long de la première étape par Laurent à vélo, qui a fait la route depuis la Moselle avec sa femme Clarisse malgré un coucher tardif. Le départ, donné par le coup de pistolet de Fernand Kolbeck avait des allures de clin d'oeil bon enfant. Les premières étapes ont été vécues sur ce mode de vacances festives avec un pique-nique au camping le soir avec Olivier, Valérie et leurs deux petites filles. Le lendemain, nous arrivions chez Claire et Christelle où nous avait rejoint Rémi pour partager une soirée conviviale. C'est Yoann qui nous a accompagnés sur la troisième étape, laquelle s'est terminée dans la bonne humeur dans la piscine et autour de la table de ses parents qui nous ont accueillis chaleureusement. Le lendemain encore, nous avons cheminé en compagnie grâce à Mickaël qui n'a pas couru mais nous a suivis et a réalisé un reportage photo. Le cinquième jour, c'est de nouveau Rémi qui nous a fait la bonne surprise d'une petite visite éclair au camping alors qu'il était sur la route pour se rendre sur Lyon pour des motifs professionnels.

Par la suite, nous avons commencé à cheminer seuls et bien que portés par les messages reçus en nombre, que ce soit par le biais des commentaires ou par sms, j'ai ressenti l'impression de commencer à perdre mes repères. En effet, les premières étapes, rythmées par les visites et les retrouvailles avec les uns et les autres, sont passées très rapidement. Ensuite, c'est la sensation de s'enfoncer dans une longue durée rythmée par les jours de repos, une routine renouvelée chaque matin par les paysages magnifiques et changeants mais une routine tout de même dans les réveils, les relais, les contraintes liées à la logistique. Une routine qui se met en place de façon assez spontanée, prouvant que la caravane en route fonctionne bien mais avec le sentiment diffus et mitigé de s'enfoncer dans une période indéfinie et floue comme si le temps se dilatait et je ne pense pas que cette impression soit seulement due à la durée exceptionnelle de ces «vacances»-ci . Ces sensations, accentuées par les très fortes chaleurs m'ont rendu les étapes de milieu de parcours plus difficiles, perdant par moment la joie de courir, me demandant ce que je faisais là et décomptant les kilomètres avant le prochain relais, m'arrêtant à chaque point d'ombre. Heureusement, de bonnes sensations sont revenues avec une légère baisse des températures en milieu de parcours et surtout la décision que nous avons prise à ce moment de commencer les étapes dès l'aube afin de les terminer au plus tôt. Cette décision nous a permis également de profiter des après midis pour faire les lessives, les vidanges, les mises à jour du blog évidemment mais surtout nous a octroyé ce temps libre qui a donné à notre périple des allures de douces vacances avec baignades, jeux, parties de baby-foot et siestes. Étrangement la baisse des températures intervenue temporairement en milieu puis de nouveau en fin de parcours, et qui m'a donné un nouvel élan, a eu un effet contraire sur Marion qu'il a fallu remotiver. Nous n'avons pas été seuls sur la fin de parcours, loin s'en faut : nous avons rencontré les organisateurs de la Loire Intégrale et les concurrents déjà arrivés l'après midi où notre route a croisé leur itinéraire. Ce fut un moment convivial et fort sympathique. Nous avons également fait la connaissance de Daniel Richard à la fin de l'étape qui nous conduisait à Faux la Montagne. Il est venu nous accompagner à vélo avec son amie Monique, nous a offert un délicieux panier garni creusois et régalé de son agréable compagnie. La famille nous a également rejoints pour quelques pique-niques et moments de partage sur la fin du parcours : merci à mon beau-père, Pascal et Dédé pour les kilomètres parcourus à notre rencontre. Alors que Christophe commençait à ressentir la fatigue sur les dernières étapes, le début du décompte que nous avons effectué sur les cinq dernières portions a vu renaître mon entrain et la sensation de pouvoir courir longtemps. J'ai même commencé à me poser la question de l'intérêt d'un temps de récupération et de repos après notre arrivée mais il est vrai que la perspective peu attrayante (après ce cheminement de paysages chaque jour renouvelés) de tourner sur ma petite boucle habituelle d'entraînement autour de la maison m'aidera à tenir cette résolution !

 

La dernière semaine avant le départ m'avait plongée dans l'incertitude à cause de mauvaises sensations au niveau d'une cheville droite récalcitrante qu'il avait déjà fallu débloquer deux fois au printemps. Mon ostéopathe étant en congé, j'ai d'abord demandé à Marion de me masser, ce qui m'a vraiment soulagée mais ne réglait pas le problème que je sentais pointer. Après beaucoup d'hésitations et une interruption de la course, je suis allée consulter un autre kiné du cabinet qui a débloqué ma cheville. J'ai préféré ne pas courir avant le départ, sans doute par peur de voir la douleur réapparaître. La première étape, effectuée dans l'euphorie des départs, m'a confortée dans l'idée que le problème était réglé. Mais les suivantes ont vu l'apparition d'un début de contracture au niveau de la cuisse gauche et, une fois celle-ci disparue grâce aux massages du soir, c'est la cuisse droite qui s'est fait remarquer pour un temps puis sur la fin de nouveau la cheville sur un ou deux jours... des petites douleurs mais rien de prononcé et surtout la forme entièrement revenue sur les dernières étapes qui me fait penser que l'effort fourni a été important mais pas extrême. La difficulté résidait en fait chaque matin (et dans une moindre mesure à chaque changement de relais) dans la « mise en route » : les premières foulées un peu laborieuses, la respiration qui n'a pas trouvé son rythme, le corps qui n'est pas encore dans la souplesse du mouvement, la pensée insidieuse qui me souffle que ça va être dur et puis, au bout d'un ou deux kilomètres, la gestuelle qui devient naturelle, la respiration qui s'est adaptée jusqu'à se faire oublier, et l'esprit qui s'ouvre aux paysages et à la beauté alentour rappellent le plaisir de l'instant présent.

 

Le camping-car est devenu pendant ces presque quatre semaines plus que notre moyen de locomotion : notre maison. Pourtant au moment des aller et retours pour le remplir, l'espace semblait tellement exigu qu'on a pu se demander comment on ferait rentrer toutes nos «petites» affaires là dedans et surtout comment chacun allait y faire sa place ! Le problème du couchage n'a trouvé de solution qu'au bout de quelques jours devant l'impossibilité de laisser Elias s'endormir dans le lit démontable situé dans l'espace repas. Il faut dire que «monsieur 100.000 volts» ne baisse pas la garde tant qu'il y a du mouvement autour de lui. Nous avons donc de nouveau adopté la même solution que lors de la Circumlorraine, à savoir lui réserver une place tout au bout de la capucine où Christophe et moi dormions. Cet arrangement avait évidemment l'inconvénient du manque d'intimité, de place, ce qui s'est encore fait plus intensément ressentir dans les moments de canicule où nous peinions à trouver le sommeil.

La «salle de bains», qui nous avait parue encore plus exiguë que celle du camping-car de La Circumlorraine, a été tellement appréciée pour les douches qui nous ont permis de nous rafraîchir et de nous ressourcer en fin d'étape que nous avons largement fait fi de son étroitesse !

Il est vrai que la fatigue aidant, nous nous sommes pas mal cognés contre les couchettes, coins de portes et autres «obstacles» signe en général qu'il était grand temps d'aller récupérer...

Mais le manque d'espace rapproche également, incite à des activités communes : nous avons davantage joué ensemble que lors de vacances « ordinaires » : tous ensemble en fin de journée, mais aussi les enfants entre eux pendant que le camping car roulait, ce qui a donné lieu à de mémorables éclats de rire d'Elias surtout quand ils «ratatinait» au jeu l'une ou l'autre de ses sœurs.

Evidemment, le manque d'espace propre a donné lieu à d'inévitables tensions mais pas plus finalement qu'à la maison où chacun dispose de sa chambre !

 

Au final, il va me falloir un peu plus de temps que lors de la Circum pour prendre la mesure de ce que nous avons accompli et mes sentiments sont davantage en demi-teinte.

Sans ma participation accrue, il y a trois ans, notre tour de Lorraine se serait interrompu lorsque Christophe s'est blessé. Mon ego en avait été grandement flatté ! Cette fois-ci, je n'ai fait QUE le contrat qui m'était alloué, je ne me suis pas sentie dans la dimension de l'exploit, j'ai fait ce que j'estimais réalisable et ne me suis pas surpassée. Le fait que notre périple se déroule sans incident, presque sans imprévu lui enlève peut-être un peu d'extra-ordinaire : nous avons tous eu l'impression de vivre une aventure familiale (ce qui n'est pas rien !!!) plus qu'un exploit sportif.

La Circumlorraine avait été un formidable vecteur de partage et de rencontre. La fermeture du forum CourirdanslesVosges qui nous a privés de contacts ainsi que le fait de nous éloigner de notre région a rendu cette expérience-ci moins riche en rencontres. Le soutien des uns et des autres grâce aux commentaires et nombreux sms nous a été précieux ! Et les moments partagés des premières étapes ainsi que les quelques rencontres faites sur l'itinéraire ont été grandement appréciés !

J'appréhendais aussi un peu l'arrivée de notre aventure seulement tous les cinq à Hendaye en repensant à tous les amis qui nous avaient accompagnés sur la fin de la Circumlorraine, à ceux qui nous attendaient devant la maison ou qui nous avaient rejoints pour la soirée... il est certain que cette fin d'aventure a été moins triomphale mais appréciée pleinement tout de même, j'ai savouré chacune des dernières foulées, ralentissant l'allure et prolongeant l'instant avant de retrouver Christophe et les enfants pour aller rejoindre la plage.

 

La durée exceptionnelle de ces vacances m'aura permis de porter un regard tout particulier sur chacun de mes enfants et d'apprécier chacun d'eux dans ce qu'il a de plus beau : ma belle et grande Marion qui est toute douceur, affection et complicité pour peu qu'elle baisse un peu la garde, je la remercie pour tous les moments de partage que nous avons vécus toutes les deux. Hannah, toute colère habituellement, qui a su faire preuve de tant de douceur, de patience et d'ingéniosité pour dérider certains réveils et moments de grogne de son frère. Elle a su nous faire rire aux éclats avec ses longs monologues qui tenaient du spectacle ! Et mon petit Elias, toujours infatigable et d'une humeur parfois revêche mais que je vois grandir avec bonheur et qui nous a régalés de ses fous rire et de ses bons mots dans les jeux que nous avons partagés.

Maintenant que nous sommes de retour, chacun est retourné à ses occupations, qui en vacances, qui chez une copine, à droite ou à gauche...nous nous retrouvons dans une semaine, ou quelques jours ou au moment du repas....le fait de vivre en vase clos cette aventure nous a permis de nous côtoyer de plus près et de nous apprécier au delà des coups de gueule et des petits heurts du quotidien.

 

Notre traversée de la France aura été émaillée de quelques frayeurs et éclairée de beaucoup de petits bonheurs impossibles à citer tous.

La plus grosse frayeur aura sans nul doute été le moment de panique où j'ai vu ces deux chiens de ferme foncer sur Marion et moi en aboyant. Je n'ai pas eu le temps de réfléchir, j'ai demandé à Marion de s'arrêter et de descendre de son vélo, je me suis mise devant et j'ai attendu que les chiens soient proches de nous pour commencer à crier après eux, me disant qu'il fallait que je leur donne l'impression d'être plus forte qu'eux, je leur ai lancé la Saint Yorre contenue dans une des gourdes en continuant à crier et, miracle, ils ont commencé à se taire, à reculer et finalement à partir la queue entre les jambes... nous avons tout de même continué à pied, en marchant jusqu'à être hors de vue de la ferme. C'est après coup que la peur m'a coupé les jambes, mêlée à un sentiment de fierté d'avoir su nous tirer de ce mauvais pas.

Le camping car également m'a donné quelques sueurs froides particulièrement dans une petite rue très étroite et en pente alors que les rétroviseurs touchaient quasiment les murs envahis de végétation et que je vérifiais sans cesse si l'arrière de notre véhicule passerait sans encombre les courbes de ce passage étroit ! D'autres manœuvres ardues nous ont permis de passer sans complications des ponts étroits faisant suite à des virages à angle droit sur des routes aussi larges que notre camping car....

A Faux la Montagne, Christophe a retardé son départ matinal pour m'aider à sortir en marche arrière de l'emplacement de camping en pente qui était détrempé par les orages de la veille. Après quelques dérapages, manœuvres et avoir fait vrombir le moteur, nous nous sommes finalement mis en route !

Les petits bonheurs, eux, sont des moments fugitifs, des petits instants précieux que notre esprit collectionne pour mettre en réserve un peu de lumière, de douceur et de joie : c'est la biche qui traverse la route doucement juste devant moi sans me voir, ce sont les deux écureuils qui grimpent de concert tout en haut de l'arbre sous mes yeux, c'est la brume qui se lève et le soleil qui commence à éclairer la nature au petit matin, c'est le café bu à petites gorgées en bouquinant assise seule à l'avant du camping car, savourant les dernières minutes de silence avant de réveiller les petits, c'est la belle maison qui se découvre après un virage, c'est un rire partagé ou la première gorgée de bière après la douche une fois l'étape terminée sous la canicule, c'est le moment où l'on se pose avec des amis et aussi les foulées régulières et le plaisir de progresser sur la route.... tous ces petits riens, innombrables qu'il serait dommage de compter pour pas grand chose !

 

Voilà, ce sont de bien longues vacances qui se sont achevées et qui vont nous laisser à tous les cinq de magnifiques souvenirs et au delà du partage que nous avons vécu, chacun gardera son propre ressenti, son angle de vue sur ce moment de vie.

 

Nathalie

 

Publié dans Diagonale 1

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Rémi 14/08/2013 21:01

Belle analyse intérieure Nath, merci de nous l'avoir fait partager. Outre l'exploit sportif en lui même, gérer tous les à cotés sans assistance externe rajoute une dimension encore plus incroyable
à votre formidable aventure. Encore Bravo à toute la famille !

Pour info, je profite de mes vacances pour tenter l'ouverture d'un nouveau forum...vous êtes les bienvenus

http://courirvosges.forumactif.org/

Marie-Laure 14/08/2013 17:18

Bravo Hannah pour ces rimes ... Vous êtes une famille de sportifs et d'écrivains, en plus !
Profite bien de ce qui reste du mois d'août pour finir ces vacances en beauté ...
Bisou

Marie-Laure 14/08/2013 17:13

Quel beau récit, Nathalie, si riche en sentiments ... Finalement, tu es "la tête et les jambes" !Je crois que vous avez vécu tous les cinq une super expérience,(une de plus) vous êtes une belle
famille et je vous souhaite tout le bonheur du monde ...
Merci pour votre carte, elle nous a fait plaisir !
Bisou à vous tous ...
A vous tous bonne fin de vacances et bonne récupération ...

Alain D. 14/08/2013 09:00

Hello Nathalie,
C'est ton deuxième voyage, mais celui-ci est bien intérieur. Après "de Strasbourg à Hendaye" voici "de Nath à Nath". Ou "de Nath à nous", peut-être. Tu offres là un mille-feuille de sensibilités,
alternance de couches tendres et de couches craquantes, d'abord celles qui fondent sur la langue avec une douceur sucrée puis celles qui se brisent en petiots morceaux, nous faisant un instant
douter de notre capacité à maîtriser jusqu'au bout notre pâtisserie sans en mettre partout. Mais c'est si bon, le mille-feuille!

Tes mots sont des cadeaux qui emmènent avec eux les images que nos yeux n'ont pu voir. Inoubliable, isn't it?