CR - Marathon de la Route du Louvre (Lille-Lens)

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Petit flashback → avril 2013

Le 7 avril dernier, je prenais le départ du marathon de Cheverny dans l'incertitude de ce que seraient les sensations du jour. La préparation, idéale jusqu'à J-8, et le vécu sur ce parcours (2h41 en 2011) constituaient certes un atout mais, étant tombé malade le week-end précédent, je n'avais pas couru de la semaine et restais convalescent.
Dès le 3ème kilomètre, je savais que l'allure de l'objectif visé  (2h38) ne passerait pas.
Je me raccrochais alors à une alternative sympathique : courir le marathon en compagnie de Thierry DOURIEZ qui venait de m'annoncer un objectif entre 2h45 et 2h50...
Las... après 2 km supplémentaires à ses côtés, il était clair que cette allure-là non plus ne passerait pas.
Un brin furieux et méchamment déçu, je décidais donc d'abandonner - pour la deuxième année consécutive après Annecy au printemps précédent  - et de trottiner gentiment jusqu'au semi, où je retrouvais Nathalie, dans le Parc du Château.
Nous aurions pu fêter là, en compagnie de Tintin et Haddock, mes 542 lunes, auréolées peut-être d'un nouveau record perso... Une semaine plus tard, je m'inscris au marathon de la Route du Louvre, afin de ne pas rester sur un nouvel échec. Pour faire, surtout, que l'échec ne devienne pas la norme.
En théorie, je dois pouvoir conserver en partie le bénéfice des 8 semaines de préparation au marathon de Cheverny et programme donc une mini-prépa sur 5 semaines :
  • 1 semaine de convalescence/reprise tranquille,
  • un bloc classique de 3 semaines avec augmentation progressive des sorties longues et du volume des fractions courues à allure marathon,
  • 1 semaine à faire du jus avant l'épreuve.

Dimanche 12 mai 2013

Jour J. Les sensations sont bonnes : ni stress, ni bobo latent.
Seul point noir : le vent qu'on aura sans doute de face la plupart du temps ; c'est d'autant plus certain que ce marathon présente la particularité d'être en ligne (comme Sénart).
Au vu des sensations de la dernière grosse semaine de préparation, j'ai ramené l'objectif à 2h42, soit une allure de 3'50 au kilomètre. Mais je sais d'une part que le vent va contrarier ce plan de route idéal et d'autre part que la fin sera difficile en raison d'une prépa chaotique et d'un volume insuffisant en endurance active. Mais qu'importe ! La journée est belle, la ville de Lille, magnifique, et je suis heureux de faire découvrir le Nord à Nathalie. Y'a d'la joie ! Les hirondelles qui virevoltent dans le vent, un peu plus loin sur le parcours, ne me contrediront pas.

9h45 : le départ est donné.

Le premier kilomètre, en descente, est passé en 3'47. C'est bien, mon garçon. Ne pas se laisser aller à l'euphorie du départ. D'autant moins que ce marathon-là ne prévoit pas de retour.
Au 3ème km, les deux premières féminines nous rejoignent. Elles sont sur un rythme de 3'50/km, avec une régularité de métronome. C'est pile-poil ce que je vise. Je me poste donc dans leur foulée en compagnie de deux autres gars - deux vétérans à première vue - l'un en rouge, l'autre en vert. Je me fais bien la réflexion - la critique, pour commencer - qu'il conviendrait de relayer, comme d'ordinaire sur une petite course régionale, quand, avec les poteaux du cru, on s'entraide tout en se tirant la bourre. Mais dans le cas présent, cela ne me semble guère opportun. D'une part, je ne serais pas à même d'assurer la régularité imposée par les deux femmes de tête - d'autant moins que cettet régularité n'est qu'apparente comme on le verra un peu plus loin - mais les gênerais plus qu'autre chose. D'autre part, je n'ai pas la sensation de m'abriter derrière ces athlètes dotées de la morphologie de ma fille de 12 ans (peut-être 1m50 pour 40kg... autant s'abriter derrière un fétu de paille).
Les kilomètres défilent ainsi.
Les deux filles sont imperturbables. Impressionnantes. Je savoure la chance que j'ai de pouvoir suivre leur course d'aussi près, tout en tâchant de rester concentré sur la mienne... tout de même 
Je ne sais pas si c'est typiquement féminin, mais je note que ces deux athlètes de haut niveau ont la même tendance que deux autres coureuses que je connais mieux (et qui assureront cet été 20 des 55km à parcourir quotidiennement en diagonale jusqu'à Hendaye) : elles accélèrent lorsque la pente s'élève (on passe alors de 3'50 à 3'40 voire 3'35 au kilomètre) et relâchent en descente (3'55 à 4'/km). C'est curieux. Mais ça passe bien a priori et je reste donc dans leur foulée. Le cardio, régulier à 155 puls de moyenne, oscille ainsi entre 150 en descente et 160 en montée.
Vers le 12ème kilomètre, sans crier gare, l'homme en rouge saute  -  reste : 4
Au passage du 13ème kilomètre, un coude à gauche nous amène sur le chemin de halage du canal de la Deûle (cf. le parcours sur Openrunner). Mon dernier compagnon de route me fait remarquer que nous devrions désormais nous trouver un peu plus abrités du vent, du fait des arbres en bordure du canal. Que nenni... ça souffle de plus belle !
Au 18ème kilomètre, nous doublons un kényan à l'arrêt. Les filles n'ont pas un mot pour lui mais restent concentrées sur leur course. Ca m'interpelle quelque part. Au-delà de la différence de niveau, évidente, entre elles et nous, nous ne vivons pas la même course. Mon camarade d'échappée et moi, comme des milliers de coureurs lambda, nous courons pour... des raisons diverses (le sujet mérite un développement, potentiellement riche, que je ne tenterai pas d'esquisser ici), alors qu'elles courent simplement pour vivre. Leur short, c'est leur bleu de chauffe ; et cette course, leur gagne-pain du jour. Pas de place, dans ces conditions, pour la compassion ou la moindre émotion. Pas de trace visible en tous cas. Vu de moi.
Au 20ème kilomètre, l'homme en vert saute à son tour  -  reste : 3
Ca me fait drôle. Il me paraissait pourtant encore très frais et je ne l'ai pas du tout senti venir. Ca me met un petit coup. Et peut-être qu'à partir de là, je commence à me demander - comme je le demanderais au Dr Knock - si je ne devrais pas, à mon tour, commencer à faiblir. Pour faire bonne mesure, en quelque sorte

Passage du semi : 1h21 et des demi-poussières

On est toujours théoriquement sur les bases initiales de 2h42... Quelle grosse blague
A mon niveau, et a fortiori avec ce vent de face et une prépa calamiteuse, je ne risque pas de réaliser aujourd'hui mon premier negative split. Mais qu'importe ! Je savoure la chance que j'ai de pouvoir courir avec les deux premières féminines et me promets de faire tout mon possible pour rallier l'arrivée dans leur foulée. Je pense aux amis qui me savent ici, aux cent-bornards qui tournent à Chavagnes, aux membres de l'équipe de France de 24h dont je ne sais pas encore à quel point ils auront dégusté durant ce week-end.
Le vent n'est plus seulement un ennemi puisqu'il me souffle également les encouragements de Nathalie, de Marie, ... Fort de ce support, je me concentre sur mon effort et veille à m'économiser.
Au 27ème kilomètre, en dépit d'une allure contrôlée, survient un point de côté - j'en ai toujours un sur marathon - qui m'oblige à réduire un peu le tempo, juste le temps de faire passer la gêne au côté droit, en me pliant en deux pour expulser l'air bruyamment, mêlant mon souffle à celui du vent que j'aurai peut-être ainsi dépassé en puissance, l'espace d'un instant. Dans la foulée, ainsi retrouvée, je reprends mes esprits, mon allure... et les deux filles qui s'étaient fait la malle.
 
Stendhal Mas 1
Mais, au 28ème kilomètre, nouvelle alerte : la kényane, plus fraiche que sa rivale du jour - elle en a sans doute gardé sous le pied, étant donné son record personnel à 2h36 - porte une accélération assez brutale et décramponne la tanzanienne... avec laquelle je tâche alors de rester à une allure correcte, en l'encourageant timidement (n'étant pas sûr de ne pas l'importuner).
Du 28ème au 33ème kilomètre, nous faisons le yoyo, elle et moi. Et au km33 - export christique oblige ? - je me prends le mur de plein fouet qui me cloue au bitume, hagard et esseulé. Dans le même temps, mon Garmin - cuit, sans doute, lui aussi - perd de vue les satellites sur lesquels il était jusque là calé, achevant ainsi de me déstabiliser 
La fin va être dure. Je le savais avant même de partir, mais commence à le comprendre pleinement à mesure que l'allure passe de 4' à 4'30 puis bientôt à 4'55 par kilomètre.
A partir du 38ème kilomètre, je lance un "lap" manuel à chaque panneau kilométrique, mettant un point d'honneur à rester sous les 5'/km, jusqu'au 42ème que je passe enfin - - sous les encouragements des randonneurs qui arrivent eux aussi à Loos-en-Gohelle, terme commun de notre balade du jour. Je me fais encore reprendre par 2 ou 3 coureurs et finis à la 20ème place en 2h52 et des poussières.
km cumulés
3
6
9
12
15
18
21
temps
cumulé
temps / fraction
11'13
11'39
11'27
11'24
11'54
11'54
11'48
1h21'20
puls moy
178
160
157
157
156
156
158
 
 
km cumulés
24
27
30
33
36
39
42
temps
cumulé
temps / fraction
11'54
11'46
12'08
12'40
13'07
13'44
14'45
1h30'05
puls moy
157
157
160
158
154
152
149
 
A posteriori - maintenant que mon Garmin a un peu récupéré et que j'ai moi aussi récupéré... ses données - je dirais que l'allure était sans doute un peu trop élevée pour pouvoir finir ce marathon en bon état.
Un départ sur des bases de 2h45 m'aurait peut-être permis de finir entre 2h46 et 2h48.
Pourtant, je préfère avoir pu suivre la course des premières féminines, même partiellement, plutôt que d'être resté en retrait, à un régime plus économique, et néanmoins sans certitude de revenir sur la deuxième... qui finit en 2h48 après s'être à peine désunie alors que je m'effondrais totalement.
Une chouette expérience   au moins jusqu'au 33ème km 
Christophe

Publié dans Marathon, Intercontrat 1

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