CR - 100km de Millau 2011 (1/2)

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A quoi c'est dû, ce vilain point d'côté qui surgit derechef au moment peu idoine ?
Plus question désormais de l'ignorer !
Si c'était à refaire, j'intervertirais la priorité à accorder, dès le départ de la course, à la régularité des 2 composantes de l'allure spécifique : vitesse et fréquence cardiaque. Et plutôt que de maintenir à tout prix la vitesse spécifique, fixée à 12,7km/h, en prêtant une oreille trop distraite au discours du palpitant (il est vrai, monotone), je tâcherais de rester sous la fréquence cardiaque spécifique, travaillée à l'entrainement et située autour des 128bpm, quitte à perdre 1km/h de moyenne sur les 5 premiers km. Mais, si ma tante en avait... on mettrait Paris en bouteille. Rejouer le film ne me rendra certes pas les quelque 80 minutes que je pense avoir dilapidées en chemin, faute d'avoir respecté la proposition trop tardivement faite ci-dessus - d'ailleurs, je ne les ai peut-être pas perdues, après tout ! respectons cette hypothèse : je ne suis pas innocent de présomption - mais l'analyse des faits, des chiffres et des sensations devrait enfin me permettre de cibler le problème qui m'a jusqu'à présent privé de mon premier cent bornes, ou plus exactement de ma première perf sur 100 bornes, et me donner les moyens de le résoudre... afin que le troisième soit le bon !
 
Quelques données chiffrées pour commencer (par la fin)
incluant un petit "bug" visible ICI, en zoomant sur St-Georges, où j'ai arrêté le chrono par inadvertance, sans doute en me contorsionnant pour faire disparaître une vilaine crampe, avant de m'en rendre compte et de le redémarrer quelque 1,5km plus loin... en pleine confusion mentale
Distance (km)
10
20
30
40
50
D+ (m)
D- (m)
+53
-40
+67
-67
+133
-138
+35
-71
+201
-72
Temps
47'06
47'51
47'12
47'31
51'23
FCmoy (bpm)
139
137
142
142
147
 
Distance (km)
60
70
80
90
100
D+ (m)
D- (m)
+113
-64
+172
-288
+281
-132
+95
-132
+127
-175
Temps
59'35
1h05'07
1h05'56
1h05'50
59'38
FCmoy (bpm)
131
122
130
123
124
 
Quelques lettres pour continuer (par le début)

Vendredi 23 septembre - 15h

Arrivés à l'Hôtel des 2 Rives, à Banassac, Nathalie et moi préparons nos affaires pour le lendemain, avant de nous rendre sur place (Millau se trouve encore 50km plus au sud) pour retirer notre dossard, faire les premières rencontres et partager la pasta tranquilla d'avant-course. Les vêtements sont prêts. Le petit panier de Nathalie également. Ni galette ni pot de beurre, mais 8 bouteilles de 50cl de boisson énergétique (4 x Hydraminov menthe dosée à 80g de glucides par litre + 4 x citron-malto-agave). En complément : des barres Gerblé (abricot et amande), pâtes de fruit, cachets de dextrose et Sporténine, gels Squeezy et Overstim's... qui n'auront guère de succès : je ne consommerai qu'une pâte d'amande et 2 de fruits. Le protocole d'hydratation-alimentation sera plutôt bien respecté : à l'issue des 100 bornes, il ne restera qu'une bouteille de 50cl d'Hydraminov et une demi-bouteille de citron-malto-agave.

17h - Millau, Parc de la Victoire

Quelle cohue ! C'est pas possible... on doit fêter un anniversaire ! Nous réussissons tant bien que mal à trouver une petite place pour nous garer. A l'extérieur du parc. Après avoir récupéré le sac contenant nos dossards, nous nous dirigeons vers la buvette où un rendez-vous approximatif a été fixé avec quelques membres du forum ADDM en provenance des 4 coins de la France. Mais, bizarrement, avant même de rencontrer le premier ADDM, ce sont des mosellans qui nous interpellent : Odile Hochard et son accompagnateur, Hubert, avec qui j'avais tourné pendant 24h à Puttelange-aux-Lacs fin juin. D'habitude, Hubert accompagne Odile, non-voyante, en courant à ses côtés en continu. Demain, la donne sera quelque peu différente et ce sera une difficulté supplémentaire pour Odile : Hubert sera à vélo, d'une part, et d'autre part il ne pourra être à ses côtés qu'à partir du  6ème ou 7ème km.
millau2
millau 1
Nous retrouvons ensuite Sébastien et son accompagnateur Dominique, à nouveau 2 mosellans ! Seb vient à Millau pour la 6ème fois, fidèle à l'épreuve découverte en 2006. Ce sera son 12ème 100 bornes. Toutefois, il devra en garder sous la semelle et ne pas se donner à fond, car son objectif principal se situe à Aulnat (63) où il participera à son 3ème 24H en novembre. Un 3ème binôme mosellan - décidément ! - nous rejoint et nous discutons encore un peu de choses et d'autres - on se demande bien de quoi  - avant de nous séparer. Pendant que Séb va chercher son dossard, je vais faire quelques emplettes... ayant réalisé mais un peu tard (je serais bien tenté de fanfaronner qu'on ne m'y reprendra plus, mais il ne faut jamais dire Manu!) que j'avais oublié à la maison ma casquette et mon gâteau-sport prévu pour le petit-déj' d'avant-course.
millau3
Un petit quart d'heure et une jolie casquette Salomon blanche immaculée plus tard, nous revoici aux abords de la buvette. Dans la foule compacte, je repère Jean-Pierre Richard, alias Devegan, dit aussi "Jipinou" pour les intimes. Vincent Gouzerch - qui arrive sur ces entrefaites - et lui ont participé en août à la Transe Gaule, la traversée de la France en courant et en 18 jours, du phare de Roscoff à Gruissan-Plage (remember les chalets de 37,2° le matin ?). Un mois après sa deuxième TG, Jean-Pierre a choisi de venir à Millau en spectateur. Gouzy, quant à lui, prendra le départ demain matin. L'effervescence autour de la buvette aidant, nous sommes bientôt rejoints par de joviaux ADDM en mal de houblon, de retrouvailles et de rigolade : Renaud45, Tonio, le Squale, Cagouille, ... La plupart semble vouloir profiter de la pasta organisée sur place. Nous ne savions pas qu'il y en avait une (aucune info sur le site officiel) et avons prévu de nous trouver une pizzeria au centre de Millau, tout en stressant un peu à l'idée des quelque 3500 coureurs (et sans doute au moins autant d'accompagnateurs) qui risquent fort d'avoir la même idée.

19h - Pasta la vista

On laisse donc les ADDM sur place, un peu déçu pour ma part de ne pas avoir rencontré Chantal, icone du forum ADDM et grande circadienne fraîchement auréolée d'une nouvelle marque à près de 205km, qui a prévu de passer plus tard dans la soirée. Pô grave. Ce sera pour demain. Nous empruntons la rue principale, celle-là même que je descendrai demain en trotinant derrière la fanfare municipale et jusqu'à la ligne de départ, qui plonge sur la Place du Mandarous où une jeune femme nous indique sur la gauche... la meilleure pizzeria de Millau. On se retrouve donc au Grillon... Ca tombe bien : c'est précisément là que j'avais réservé une table par téléphone jeudi soir Simplement, la personne que j'avais eue au bout du fil ne m'avait pas demandé à quel nom faire la réservation et... j'avais trouvé ça un peu bizarre. Plus précisément, j'avais "expliqué" à Nathalie, en, raccrochant, que vraisemblablement il s'agissait d'un mode de réservation typiquement méridional ( je sens que je vais me faire des copains, là, si on me lit (trop) au premier degré, moi le (soi-disant) rigoureux teuton ) et que le gars avait dû bien rigoler après avoir raccroché en racontant à ses potes : " Té, les gars ! c'était encore un parisien qui croit qu'on peut réserver dans une pizzeria ! y sont vraiment fadas, ces parisiens, bonne mère." Mais, je m'égare et déconne et confonds par ailleurs la Place du Mandarous avec la Gare Saint-Charles. Revenons donc à nos moutons. A toi de jouer, Marius. Nous voyant surpris du peu d'affluence, le patron du restau nous explique que le rush des coureurs est prévu pour un plus tard dans la soirée. Et je me fais la réflexion qu'il ne s'agit pas d'un meeting d'athlétisme mais d'une course populaire et que le mot d'ordre "au lit de bonne heure" a toutes les chances d'être aussi bien respecté par la plupart des participants que l'autre classique (et particulièrement risible) "pas d'alcool la veille de la course". D'ailleurs... qui a parlé de "mot d'ordre" !? Le terme mêm paraît un gros mot. L'idée seule fait déjà sourire. Nous sommes à Millau, épreuve athlétique par excellence, mais à laquelle mènent bien d'autres chemins que celui de l'idéal ascétique, plutôt ici en concurrence. Deux assiettes de pâtes et une 1/2 San Pellegrino plus tard, je demande au patron de bien vouloir excuser la frugalité de notre consommation, mais lui, jovial : "Eh, c'est normal ! Il ne faut pas que vous vous chargiez !" Et de nous souhaiter une bonne course... J'oubliais à nouveau où je me trouve : c'est toute la ville qui bat au rythme de l'événement, tous les ans, fin septembre.

20h - Retour au Parc

Nous retrouvons les ADDM dont les rangs se sont un peu étoffés entre temps... à moins que... je ne sais plus et mélange à présent ceux croisés la veille, puis le matin avant le départ, et enfin le soir après l'arrivée... il aurait fallu prendre des photos ! Peu importe. En tout cas, beaucoup de nouvelles rencontres, brèves mais intenses car nous partageons un moment magique, signifiant beaucoup pour chacun. Ayant encore un bon bout de route pour nous rentrer, nous prenons bientôt congé. La nuit est bonne. Le petit-déjeuner, à 7h, prend une allure étrange pour moi : ayant oublié mon traditionnel gâteau-sport, je déjeune de pain et confiture. Avant un marathon, ce serait perturbant. Aujourd'hui, ça ne devrait pas poser de problème (je vais d'ailleurs sans doute m'en faire une nouvelle "règle" perso) : à la vitesse des 100km, le système digestif  n'est pas sollicité violemment au début de l'épreuve et peut tranquillement finir son travail si le petit-déj a été avalé moins de 3 heures plus tôt (les 6 à 7h pronées par S. Cottereau me paraissent un peu exagérées, sauf le respect dû à ce très grand monsieur à l'origine des 100km de Millau).

Samedi 24 septembre - 8h30

Il reste quelques places pour se garer à l'entrée du Parc de la Victoire. On ne se le fait pas dire deux fois ! Hop-là, nous voici dans la place ! La Parc grouille de coureurs. Etonnant. Nous remontons l'allée bordée de platanes en direction de la buvette - point névralgique s'il en est ! bien qu'à cette heure-ci... et particulièrement aujourd'hui...  - où nous retrouvons bientôt Seb et Dominique. Je fais aussi la connaissance de Sébastien, alias Zepp, et de son accompagnateur et nous discutons un peu en attendant l'heure du départ. Le temps ne passe pas assez vite à mon goût. Heu... pardon ? comment !? Non, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, Zepp ! Ne t'en vas pas Il passe néanmoins. Vaille que vaille. Dans 10 minutes, Nathalie devra avoir quitté les lieux pour se rendre aux environs du kilomètre 7 où les accompagnateurs à vélo ont rendez-vous. Nous retrouvons alors Philippe, alias Calimero, avec qui nous constatons, stupéfaits, à quel point le monde est petit : lui qui est basé à Fontvieille (ce qui prédispose les gambettes à mouliner, pour sûr !) a dans son club le frère d'un "collègue de club" de Nathalie ! Et les 2 frères - l'un courant à Vergèze (30), l'autre à Courcelles-Chaussy (57) - sont une nouvelle fois au départ des 100km de Millau, avec leur père. Une belle aventure familiale. Tout comme celle que nous proposera le vainqueur du jour, accompagné également de son frère, de son père et d'un sain esprit.

9h. Parc de la Victoire. Toujours...

Rien à faire, nous n'avons pas bougé de là. Mais pourquoi diable s'acharne-t-il encore et toujours à suspendre son vol quand on ne lui demande rien, celui-là ! Ne peut-il donc fuir - pour cette fois seulement ! - et, plantant là son bête sablier,  nous libérer d'une attente de plus en plus insoutenable   C'est que... le stress monte ! Et je suis persuadé qu'on y laisse de l'énergie... et que ça fait de bonnes excuses toutes trouvées pour pouvoir, après, dire : "oui, mais..."  Bon... Nathalie est partie. Les coureurs s'agglutinent au bout de l'allée - non, pas celle-ci, avec ses platanes... l'autre ! (avec les platanes) - à 30m de la grille d'entrée du Parc ! Ca devient bon... C'est peut-être pour bientôt, finalement !!! Un soudain accès de lucidité me saisit à ce moment et je ne peux m'empêcher de penser, tout en rongeant mon frein dont il ne subsiste plus grand chose, à la signature d'un autre ADDM, absent aujourd'hui pour cause de prépa 24h : Without patience, you will never conquer endurance. Yiannis Kouros (Sans patience, tu ne maîtriseras jamais l'endurance). Las. Je sais cela, JP. Malheureusement, le savoir ne suffit pas (dans mon cas). Je reviendrai sur ce point.

9h30 - ENFIN !

Le coup de feu, ou le lâcher de ballons... ou de tourterelles - je ne sais plus mais peu importe - est donné, coupant court aux discussions, pronostics, prières, atermoiements, derniers conseils des uns aux autres. Passant sous le portique décodeur qui remplace cette année la poêle à frire identificatrice, nous sommes autorisés à nous élancer, au pas, derrière la fanfare municipale qui entame le Star spangled banner dans une version locale, vivifiante, nous invitant à nous changer les idées et dégourdir les gambettes. Au sortir du Parc, nous passons sur la voie ferrée et nous dirigeons, avec de nombreux arrêts (pour reprendre notre souffle), vers la place du Mandarous. Je suis interpelé par Fred_du_13, que je n'aurais certes pas reconnu sans celà, qui se porte à mes côtés. Nous comparons les mérites et points faibles de nos GPS/cardio Garmin : son 310XT et mon 305 tout court. Justement, la bête en question est en train de me causer quelques sueurs froides : depuis 10 minutes que nous marchons lentement, avec de fréquentes pauses, elle n'a toujours pas réussi à capter le minimum de 5 à 6 satellites nécessaires au positionnement... et donc au démarrage du chrono dans les conditions optimales. Une petite voix me glisse alors, tentant de me rasséréner : Hola ! Hoooo ! Tout doux, Christophe ! Du calme. Zen. Pense un peu à l'exemple d'un Moros. Songe que Bellocq a réalisé ici sa plus belle course, sans même une simple montre. Ca - ce truc, là, que tu as au poignet (et qui, entre nous, ne ressemble vraiment à rien ! je sais pas comment tu fais pour porter, ça... mais, bon) - ce n'est pas la course. Ce n'est pas TA course. C'est juste... un accessoire. Hmmm... oui, je sais bien. Mais, j'ai fait toute ma prépa avec cet accessoire et... sans les repères qu'il me donne, je serais bien incapable de rester régulier à l'hectomètre/heure près. Pas grave... ça y est, j'ai mes satellites. Maintenant, laisse moi, s'il te plait, je dois me concentrer. Ingrat, va ! Ca y est. Nous sommes sous l'arche de départ. Serge Cottereau dit quelques mots. Puis vient le tour de Michaël Boch, le vainqueur de l'édition précédente, apparemment bien remis de sa participation aux Mondiaux de 100km 15 jours plus tôt, et qui vient se poster en pole position... dans l'attente du coup de feu.

10h - Cette fois, c'est vraiment parti !

On part donc d'ici - oui, oui, la pastille rouge, là - pour y revenir, après une chouette balade et 2 ou 3 bonnes grimpettes. Au début, la rue Jaurès a quelque difficulté à absorber le flot des coureurs - quelque 3600 en comptant les marathoniens - puis en arrivant sur la route d'Aguessac, plus large, le ruban multicolore s'étire, permettant à chacun de rentrer dans sa course. D'emblée, je note que les puls sont très hautes : 140 au lieu des 125bpm attendus. Ca me tracasse un peu. Pourtant, je privilégie une vitesse constante, et veille à rester fixé sur les 12,7km/h travaillés à l'entrainement. La route empruntée entre Millau et Aguessac est peu attrayante et peu exigente. J'ai besoin de me concentrer pour me rappeler que je suis en train de courir une compétition et non un footing. Pour garder "le frein à main serré". Dans Aguessac, je ne m'arrête pas au ravito (j'ai ma "première" bouteille citron-malto-agave à la main) mais entends qu'on m'appelle ( mince ! peut-être que les arrêts aux ravitos sont obligatoires ) : ce sont Chantal et Jean-Pierre qui m'encouragent. Ca me fait chaud au coeur, d'autant plus que Jean-Pierre m'a dit qu'il irait se poster en plusieurs endroits sur le parcours dont au moins un deuxième sur la boucle du marathon. Voici donc la première. Intérieurement, je leur donne rendez-vous "en face", sur l'autre rive du Tarn. J'arrive maintenant dans la première zone réservée aux vélos (l'organisation en a prévu 3). Cette fois, c'est Emmanuel (Fontaine) qui m'adresse un amical "fais-toi plaisir, Christophe". Je lui serre la main au passage, content de le rencontrer enfin en chair et en os. J'espère bien profiter plus longtemps de sa présence ce soir, après la course. Encore une pensée positive. De petites douceurs à venir qui mettent de l'huile dans les rouages et éloignent les nuages. Je ne pense (presque) plus à ma FCmoy de 138/139 puls qui semble (du coup ?) vouloir baisser un peu. Au 7ème km, comme prévu, je retrouve Nathalie qui enfourche son fidèle destrier. Le fond de l'air reste assez frais, même si je ne m'en rends pas compte. En me passant la main dans la nuque, je constate que j'ai commencé à transpirer : l'échauffement a bel et bien commencé. Nathalie a gardé son coupe-vent qu'elle ne quittera que vers le 35ème km. Le parcours, sans difficulté, me semble beaucoup plus agréable après le passage d'Aguessac. Les encouragements des ADDM et le fait de faire route à 2 désormais y sont pour beaucoup, bien entendu. Au gré des virages qui se succèdent, on aperçoit souvent, en contrebas de la route, le Tarn, paisible, large, peu profond. Comme Nathalie qui m'en parlera un peu plus loin, je pense à mon petit Elias avec qui je viendrais bien faire de super barrages ici, sur tel bras de rivière, créé par quelque banc de caillous et où on établirait notre camp. Le cadre est magnifique. La course, tranquille. La première bouteille est vidée, comme prévu, au bout d'une heure de course. Le cycle est enclenché. C'était "citron" ? Ok ! alors, on repart sur "menthe"... Première pause technique - pfffff... tout est mesuré ! même la durée de vidange de la vessie : 30" - vers le 15ème km. Il y en aura une deuxième, vers le km 30, mais pas plus. L'hydratation aura peut-être été insuffisante, après tout ?! C'est toute la difficulté de ce type d'épreuve : il faudrait pouvoir se fier à ses sensations (encore faut-il savoir les ressentir), notamment boire avant d'avoir soif. Dans le même temps, il ne faut surtout pas les "écouter", alors qu'on est très "facile" en début de course, avec la tentation d'accélérer progressivement, sans même s'en rendre compte. De ce point de vue, le Garmin est sans doute un plus, permettant de tempérer l'allure et de se rassurer. D'un autre côté, il accroît la dépendance du coureur à une vision très/trop théorique de la course. Comment vivre pleinement sa course - et la réussir, accessoirement - quand on y participe au moins autant comme comptable (des pulsations, des calories, de la distance parcourue, du temps perdu...) que comme... coureur !? Je repense encore et encore à Bellocq et ses 6h28 sans montre. A cette injonction invitation d'Emmanuel Fontaine surtout : "fais-toi plaisir, Christophe !". Sans doute, tout est là... bien sûr ! Mais cette réflexion... elle est mienne à l'instant présent, alors que je rédige laborieusement mon CR, tout en essayant de tenir à distance le coup de blues qui m'a surpris à retardement, ce matin, avec une rare violence. Sur le moment - je rappelle aux ceusses qui auraient perdu le fil que nous en sommes aux environs du km 15 - je me sens bien, heureux, léger, tip-top au poil, très facile, bonjour, bonjour, les hirondelles.

11h40 - Le Rozier / Peyreleau  (demi-tour)

Le kilomètre 20 est passé en 1h35 au Garmin ; 1h36 sur le terrain. Je suis pile-poil dans le tempo programmé. Nathalie envoie le premier sms d'une longue série et prend un peu de retard pour pianoter. Plus tard, elle aura pris le coup de main et me fera la lecture à haute voix, puis les réponses, essémessées tout en pédalant. Nous arrivons au Rozier, lieu du demi-tour, où nous traversons le Tarn pour entamer un deuxième semi-marathon sur sa rive opposée. J'attends Nathalie au ravito organisé dans le village afin de lui tendre un gobelet d'eau plate... et du pain d'épices. Arghhhh !!! J'ai oublié le pain d'épices ! Désolé, je t'en prendrai au prochain, d'accord ? En attendant, tu peux taper dans les pâtes d'amande, si ça te dit... je crois que je n'en consommerai guère. Le village de Peyreleau suit celui du Rozier sans qu'on ait la sensation d'un changement (les habitants parlent la même langue) mais avec celle, par contre, de nous retrouver dans l'ascension de l'Alpe d'Huez   Nous voici en effet à l'entrée d'une épingle à cheveux, encouragés bruyamment par une foule (10, 15... peut-être 20 personnes !!!) (...) (en même temps, c'est chouette... ça nous change un peu de la capitale, comme dirait le fiston Dutronc) en liesse ! Certains coureurs mettent pied à terre - je veux dire : les 2 - pendant que je poursuis sur mon petit rythme, en réduisant l'amplitude de ma foulée dont la fréquence augmente. Après l'épingle à droite, voici déjà (ce n'était pas l'Alpe d'Huez, tout compte fait) celle à gauche... qui nous remet sur les rails et dans l'axe de Millau. C'est par là : tout droit !  Go, go, go !  Oui, mais... non ! Attends, gars, c'est pas le moment ! On a bien dit que la lutte finale ne pouvait commencer avant le 85ème, d'accord ?! Tu ne te rappelles donc pas ? Ah ben oui, c'est vrai. Scusi, scusi mi, amor. I am very confiteor. Ici commence donc un deuxième semi-marathon, comme prévu, plus vallonné que le premier. Pas de quoi fouetter un coeur toutefois. Et le mien reste calé sur ses 138/139 battements par minute, alors que les kilomètres défilent l'un après l'autre sans que j'y prête attention. A un moment, précisément, alors que nous approchons du km 30, j'en fais la remarque à Nathalie : "c'est bizarre... je surveille la vitesse et la fréquence depuis le début, mais je ne pense absolument pas à regarder le kilométrage cumulé". C'est bon signe. Je suis dans la bonne logique : le marathon ne constitue qu'un échauffement. Ensuite, il faudra veiller à toujours rester calme et bien profiter, sans forcer l'allure, des côtes du viaduc et Tiergues, déjà parcourues "virtuellement" la semaine précédente sur Google Maps (avec la fonction Street View qui offre une couverture photographique de la quasi intégralité du parcours) et qui ont l'air... brève et "nue" pour la première, perdue et pittoresque pour la seconde. Je me délecte à l'avance de ces gourmandises à venir en me félicitant d'avoir su garder le frein à main serré jusque là.
Jusqu'au 30ème km, nous jouons au chat et à la souris avec les premières féminines. Les écarts qui se créent à la faveur d'une pause ne sont jamais très conséquents. A La Cresse, au ravito du km30, nous sommes à nouveau encouragés par Chantal et Jean-Pierre  Cette fois-ci, je n'oublie pas le pain d'épices pour Nathalie (de crainte qu'elle ne jette toutes mes bouteilles en guise de représailles), bois un gobelet de St-Yorre et repars tranquillou. Les jambes tournent toutes seules. Mais cette fichue FC ne veut pas descendre et s'obstine à tangenter les 140 puls. Le versant sur lequel nous évoluons est beaucoup plus vert que celui du premier semi - normal, me direz-vous, nous sommes sur l'ubac - plus bucolique, avec une succession de parties boisées et de vergers, entre deux villages traversés en coup de vent, mais toujours en flânant : calé sur 12.7... à l'heure des infos galactiques. Je garde peu de souvenirs de la section comprise entre les km 30 et 40, si ce n'est que Nathalie retire son coupe-vent - ah ! ça commence à chauffer - et que j'ai par moments la sensation d'avoir la tête prise dans un étau. Je mets cette sensation, désagréable, sur le compte de la chaleur et d'un vraisemblable début de déshydratation (?) que je m'attache aussitôt à contrecarrer en pompant un peu plus sur mes tétines à citron/menthe. Plus un p'tit cachet de sporténine au passage. Vers le 35ème, nous avons la surprise de voir remonter vers nous, en marchant tranquillement, Serge Cottereau qui compte et annonce les places des coureurs, marathoniens et cent-bornards. 100m plus loin, nous doublons Roland Vuillemenot. Et je me dis que Serge a dû avoir un mot particulier pour lui, à son passage.

13h10 - Millau plage - Et c'est reparti comme en 40

La route descend jusqu'au 40ème km, passé en 3h10 (au Garmin ; 3h12 sur le terrain). La traversée de Millau-plage coïncide avec le retour des voitures et nous sommes forcés de courir sur ce qui me semble une piste cyclable. Je progresse alors aux côtés de Sonia Furtado, qui finira 3ème mais est à ce moment-là en tête du 100, il me semble. Et au 40ème km... Damned ! A nouveau et sans crier gare, je suis contraint à m'arrêter... cloué au bitume par un violent point de côté  le même, en apparence, que j'avais déjà rencontré à Theillay en 2009, au km43, et à qui je pensais avoir définitivement réglé son compte depuis   Nom de .... ! Je suis vert ! J'enrage ! Je peste intérieurement... et sans doute pas seulement... je ne sais plus ! plus où je suis, ce que je dois faire, de quel côté je vote, de quel autre j'ai mal, si je dois espérer ou redouter une alternance...  je dérive... avant que Nathalie arrive. Je pile net et procède comme à mon habitude en cas de point (fréquent sur marathon) : plié en deux - il n'y a pourtant rien là de risible ! - je souffle comme un phoque, voire une otarie [ ndlr : l'hilarité par moi involontairement mimée trouverait là son explication ? quand de me voir ainsi affecté l'un a été surpris ou peiné, l'autre a ri ?! hmm... peut-être... je demanderai son avis à Bergson à l'occasion ; en attendant, il faut que je respecte ce lapidaire verdict ADDM qui serait aussi le mien si j'avais un marteau et perdu en route mes faux cils, réalisant enfin, mais un peu tard, que mon CR doit n'être que l'histoire d'un Millau couru avec un point de côté ] pour tenter d'expulser l'air vicié, de décontracter un diaphragme crispé, et de repartir enfin, comme si de rien n'était. Un samedi au soleil, c'est une chose qu'on peut avoir, non mais ! Un chat est un chat. Ce CR, un CR. Et ma course, une course. Souffle, mon gars ! Remember Medium Jack - in the box - et... souffle un coup, t'es tout bleu ! La gracieuse première féminine s'envole vers l'entrée de Millau qu'annonce, tout proche, un rond-point chargé de spectateurs-supporters donnant de la voix. Je la laisse partir à regret. Sa proximité avait un je ne sais quoi de rafraichissant et de motivant. Je ne pousse pas pour autant, après coup, jusqu'à suspecter Nathalie  d'être à l'origine du présent coup de mou
- Et d'une, elle n'est guère versée dans les rites vaudous... ni sous leur forme originelle, messianique, popularisée par le great dreadlocked Bob, ni (a fortiori) dans leur version franchouillarde et quelque peu navrante, due aux Sergie, Bernie & Cie [ ndlr : mais, cher Hermagot, il n'est pas moins navrant de situer Kingston, géographiquement et culturellement, dans quelque bayou de Louisiane. Pareille association d'idées n'a pu vous venir qu'à jeun et parcourant d'un oeil distrait la généalogie de la morale, confortablement sis, autour de minuit, dans quelque jardin suspendu babylonien  Sacré farceur, va ! ]
- Et de deux, pareil comportement de sa part eut été en parfaite contradiction avec celui qui fut le sien par la suite!
- Et de trois... Ca repart ! On y va !
Tant bien que mal, je tâche de conserver une allure régulière et de me redresser. Il est trop tôt pour s'affaisser. Et d'ailleurs, l'affaissement n'est pas une obligation ! Comme l'a chanté le grand Georges, avant de rejoindre Sète par l'express à travers la plaine : lorsque le coeur chante à l'heure de l'oeuvre de chair, les organes alentour s'en inspirent et distillent l'allégresse. Or, c'est pile-poil ce dont j'ai besoin à l'heure présente et je garde par devers moi, en filigrane,  la supplique pour s'affaisser en plage de Millau. La route est encore longue - via St-Georges, précisément - et l'épreuve tant attendue n'a pas fini... de marquer les chairs et l'esprit. S. Furtado n'est pas encore un point à l'horizon de ma folie... du jour. [ note de l'halluciné : un bref instant, plombé par un ridicule et tout petit pépin physique, j'ai oublié que j'étais en train de courir mon premier Millau   -- hmm... et ça vous arrive souvent ce genre d'absences ? -- heu... je ne sais pas... je ne me souviens plus... ]. Je tâche de me forger un moral d'acier, redresse mon amour propre à grands coups de marteau rageurs, tel un Cloclo en mal de lundis qui rayonnent, et repars à l'assaut de ma course espérée. Objectif : 8h15. Théoriquement  raisonnable - j'en aurai la confirmation le week-end suivant, dans les Vosges, par un géant de Sparte . Peut-être même trop sage. Cette idée achève de me rebooster. Nous entrons dans Millau, arrivons sur la Place du Mandarous et bifurquons à droite sur le blvd de la République pour remonter vers le Parc de la Victoire. Au bout de l'allée bordée de platanes, nous passons dans la salle des fêtes, le temps de nous mettre à poêle - mieux vaut en frire  - et d'être enregistrés. Passage au marathon en 3h22 : 2 minutes de plus que prévu. Je suis décidément parti sagement. C'est bon pour la suite. Nous ressortons du Parc de la victoire. Je retrouve Nathalie qui avait été, en fait de Victoire, parquée de côté, telle la divinité que je reconnais maîtresse de ma destinée, pendant mon passage à poêle. C'est ensuite la descente du boulevard qui nous ramène sur la Place du Mandarous à laquelle Seb arrive alors que j'en sors. Je lui fais signe de la main. La section suivante, descendante jusqu'au Pont Lerouge qui nous fait traverser le Tarn, ne me fait pas grand bien   à la faveur des chocs sur le bitume (sans doute la descente qui me fait accélérer involontairement... aspiré par le rythme des autres coureurs), le point se réveille. Je traverse le Pont Lerouge, plié en deux pour expulser ce fichu point, décidément tenace   La route remonte à l'approche de Creissels, m'apportant un peu de répit, de courte durée toutefois puisqu'on descend bientôt à nouveau pour échouer au pied de la tant attendue, tant désirée, côte du viaduc ! La plupart des coureurs monte en marchant ou en alternant course et marche. La montée me fait du bien, comme elle fait taire le point. Je grimpe donc tranquillement, autour de 9km/h, les 130m de D+ en compagnie de la (toujours) première féminine sur laquelle je suis revenu - j'ai donc bien accéléré ! mais quel abruti, cet Hermagot - et qui se trouve à nouveau à ma hauteur, calée sur la même allure. Nous échangeons quelques mots. Je lui fait part de mes petits pépins du moment ; elle m'avoue avoir "des barres à mine dans les cuisses" dans les descentes. Nous sommes donc tout deux gênés en descente, mais pour des raisons très différentes. Arrivés en haut, nous passons sous le viaduc et je retrouve Nathalie qui avait pris de l'avance, craignant de peiner dans cette côte, la plus pentue du parcours. Je dois d'ailleurs tirer mon chapeau  à mon épouse et accompagnatrice : elle qui était terrorisée, la veille, alors que nous arrivions en voiture à Millau, après de nombreuses et longues sections autoroutières à 7% de pente, elle n'aura jamais mis pied à terre, mais au contraire lu et rédigé des SMS tout en pédalant. Chapeau, ma dame ! Précisément, il est l'heure du sms de mi-parcours, envoyé à la famille et aux copains postés sur les forums (dans l'euphorie, j'allais écrire "les fori"... mais, j'ai déjà bien assez d'âneries du meme acabit à me faire ici pardonner   so... stop it ! ), lorrains et ADDM. Le 50ème km est passé en 4h04. Tout va bien.  A part le point, auquel, tant que je monte, je ne pense point. A l'entame de la deuxième moitié de ce récit, je prends de bonnes résolutions Le passage sous le viaduc marquera l'étiage de mon verbiage. L'effort m'en coûtera. Mais, je saurai me faire sire concis. Afin que les longues nuits d'Isaac ne soient plus désormais que par de moins verbeuses saillies polluées. La suite - 50km un peu plus pentus - c'est ICI.

Publié dans 100km, Intercontrat 1

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calimero13990 29/09/2011 09:32


Et voilà tu arrêtes ton CR au moment où çà devenait intéressant!
Ja vais donc être obligé de revenir!
P.S:je note que ta FC était plus basse dans la 2éme partie; la plus dure; c'est étonnant non?)
Merci enfin pour ta visite sur mon blog et je te conseille l'interview du jour d'une légende de MILLAU!


hexafoufou 29/09/2011 19:41



A bientôt alors, Philippe


Concernant la FC,celle de la deuxième partie n'est pas anormale. C'est celle du début qui l'est.


J'ai tourné le marathon en étant quasi constant à 139puls alors qu'à cette allure, j'aurais dû être autour de 125, comme pendant mes 9 semaines de préparation à cette allure spécifique.


Il falllait "simplement" partir (encore) plus "en-dedans" pendant les 5 à 10 premiers km.


Mais voilà... "c'est jeune et ça ne sait pas !"


Ou, plus précisément : ça sait... mais, ça ne suffit pas !


Je dois avoir le goût du plantage.


A+


Christophe



renaud45 28/09/2011 14:48


Salut Christophe........et Nathalie bien sur ;-)

La suite, la suite, on veut la suite


hexafoufou 28/09/2011 15:24



Hello, Renaud


Dis, tu charries ! 


Je viens à peine de te laisser, la mousse du vendredi soir à la main, que tu voudrais déjà être à la première du lendemain !


Attention ! Il ne faut pas partir trop vite... sous peine d'arriver à "point"


Mais, précisément, je vais y venir... bientôt


Bonne récup' à toi, Renaud


Christophe