CR - 100km de Mécleuves - Part 1

Publié le par Hermagot

Difficile exercice que la rédaction d'un compte-rendu de ces 100km de Mécleuves, premiers du nom. Non que le récit d'un cent bornes m'effraie - je goûte l'exercice, au contraire, et m'évertue périodiquement à gaver mes improbables lecteurs d'une prose indigeste... comme l'épreuve elle-même, rabelaisienne à souhait, semble y inviter -, mais ce septième "cent-bornes" à courir présentait une particularité notable et un défi de taille (à la difficulté d'ailleurs sans doute sous-estimée - j'y reviendrai), ayant en effet résolu non seulement de le courir mais également de contribuer à son organisation. Deux préparations bien distinctes par conséquent et un investissement sans commune mesure avec celui qu'aurait demandé toute autre "prépa 100".
 
Alors... Par où commencer et avec quelle casquette ?
Sans doute par le début et mû par la passion du cent-bornard, une passion qui anime autant qu'elle isole, sans que toutefois cela nous désole.
 
Pour retracer brièvement la Genèse du retour du 100km en Lorraine, on convoquera naturellement... Peter Gabriel qui, dès 1978, avait prédit une pénurie de cent-bornes dans le Grand Est à l'aube du troisième millénaire, après de fastes 80's et 90's surfant sur le goût du long (on ne parlait pas encore d'ultra) et sur le dynamisme d'épreuves réputées, mobilisatrices, à Mulhouse, Gérardmer, Besançon, Migennes, ...
36 ans plus tôt, l'Archange psalmodiait déjà à l'attention de cent-bornards heureux et comblés, insouciants et inconscients d'être orphelins bientôt d'épreuves à domicile : DIY, DIY, DIY.
Et c'est naturellement sous l'égide d'Emile Jacotey que, dans un premier temps et 36 chandelles plus tard, nous nous proposâmes de recréer par nous-mêmes ce qui depuis trop longtemps manquait par ici aux fondus de grand fond : un cent-bornes, nom de Zeus !
 
Aussi loin que la mémoire bloguesque remonte, on se souvient que le projet initial consistait, début 2014, à compléter le programme du 3ème week-end de septembre, dédié à la Légende des Blancs Bâtons, dont le mini-trail dominical devait alors conclure, tel un dessert sucré mais léger, les agapes entamées le samedi matin par deux épreuves nouvelles : 50km en entrée et 100km en plat de résistance d'endurance.
Le parcours, tel qu'on l'envisageait alors, utilisait déjà les deux allers-retours au départ du FSE de Lanceumont, ainsi que la petite boucle de 6km, mais également la Ronde du Val Saint-Pierre dans sa quasi-intégralité (13km). Une des variantes de ce parcours initial me tenait particulièrement à coeur car je lui trouvais un lien de parenté avec le convivial Marathon de Cheverny, d'une part, et, d'autre part, avec les mythiques 100km de Millau. En effet, ce parcours initial emmenait d'abord les cent-bornards à l'Est jusqu'à Landonvillers, après une "mini-ronde" (6km) suivie d'une Ronde du Val Saint-Pierre (13km), et les ramenait ensuite au FSE en passant le symbolique KM 42.2 du marathon sur le parvis du Château de Pange. Là, de retour au FSE, les "semi-cent-bornards" (pour mémoire : un 50km était prévu) stoppaient leur effort, tandis que les cent-bornards poursuivaient en direction de Marieulles en découvrant alors une deuxième moitié de parcours concentrant les difficultés - tout comme à Millau -, Marieulles prenant ainsi des allures de Saint-Affrique septentrionale.
 
A l'enthousiasme de la phase de conception en chambre succéda bientôt la fièvre des reconnaissances sur le terrain. Six recos, tantôt solo, tantôt en duo et même en trio, furent ainsi nécessaires pour valider l'itinéraire et comparer les traces GPS aux données issues de la numérisation sur fond de carte. Puis vint le moment, attendu et redouté à la fois, de sortir de l'enfance.
Une première mue s'opéra d'abord, dictée et conduite par un souci de sécurité des coureurs, qui devait amener le parcours dans sa version définitive. Ou presque. Un accident de parcours (ou de calendrier) ultérieur paracheva les finitions, nous imposant de délaisser la traversée de Peltre pour couper à travers bois, au droit de l'entrée du Fort de Chesny, en utilisant un chemin à la viabilité douteuse dont je me doutais déjà que nous entendrions parler plus tard... et pas uniquement en bien - va, Rodrigue !
Puis, l'adolescence battant son plein - à l'acmé de l'acné, en quelque sorte - Ozzy vint à s'inviter bruyamment dans la place pour signifier l'abandon du 50km à des semi-cent-bornards éplorés, contraints dès lors à se résigner à l'exil - pa ni pwoblem : Theillay toujours plaît et Baho itou est beau - ou de réclamer à cor et à cri (et à cri...monieux pour certains) quelque apaisante compensation suite à ce lâche abandon. A l'écoute de ces suppliques - en réalité, avant même d'entendre quoi que ce fût -, l'équipe organisatrice avait déjà changé son fusil d'épaule et proposé une nouvelle formule a priori tout aussi émoustillante voire franchement enthousiasmante : 100km en solo ou en relais à 5, avec un départ commun, permettant ainsi à chaque relayeur de courir l'équivalent d'un semi-marathon tout en partageant la course des cent-bornards.
S'ensuivirent quelques étapes-clé encore, chronophages sans doute, mais délectables également en ceci qu'elles nous mettaient déjà dans l'ambiance du Jour J tout en nous rapprochant insensiblement, jalon après jalon, de l'échéance tant attendue.
Ce furent, dans l'ordre, l'attribution du Label Régional, la validation des 4 championnats régionaux (vite, vite, vite ! comme ces 4 régions n'en feraient bientôt plus que 2), l'ouverture officielle des inscriptions avec possibilité de réserver son n° de dossard, le lancement de l'opération "les lorrains ont du coeur, ils adoptent un coureur", les reconnaissances collectives des 1er mars (AR Lanceumont-Landonvillers) et 22 mars (AR Jury-Verny) et enfin le mesurage officiel du parcours conduisant aux ultimes et minimes modifications nécessaires à sa mise en conformité.
 
Nous étions alors début mai.
Le rythme d'enregistrement des inscriptions commençait à s'emballer. Les réunions préparatoires se succédaient, les prises de contact diverses s'accumulaient, les engagements et désengagements de partenaires se confirmaient...
Mais, bien que pris dans ce tourbillon frénétique, virant volontiers au maelstrom, je ne pouvais pas ne pas avoir à l'esprit que ma prépa de cent-bornard avait commencé, elle aussi, depuis de longues semaines déjà, et que l'énergie dépensée ici ne pouvait pas dans le même temps être utilisée là.
 
Ladite préparation, orchestrée par Emmanuel Fontaine, avait commencé le 9 février par une première phase de "prépa générale", sur 6 semaines, visant à retrouver un peu de vitesse et axée sur un travail de soutien de la VMA, soit des séances d'enchainement de fractions de 200 à 800m qui me faisaient monter dans les tours.
Une bizarrerie me chagrinait toutefois. Autant le palpitant avait été d'accord, en début de plan, pour s'en aller taquiner ma FCmax, en affichant jusqu'à 174 battements par minute lors des séances des 2 premières semaines, autant il refusa obstinément par la suite de franchir la barre des 168 puls, comme si j'étais bridé, non par mes yeux - l'état de ma rétine n'a rien à voir - mais au niveau du coeur ; comme s'il fallait voir avec les yeux du coeur et brider ce dernier pour faire siennes les capacités d'adaptation d'un Yuki Kawauchi. Mais pareille hypothèse semble quelque peu capillotractée - comme eût dit l'ami Spikeb-du-Neuf-Un - et pareille discipline ne m'est plus guère permise, au motif du peu de tifs qui me restent fidèles et préfèrent me voir les couper en 4 plutôt que de les tracter... bien que nous ayions produit de fort jolis flyers, ma foi, pour cette première édition des 100km.
Distance Temps / détail de la séance Pas Kilom. Hebdo Sem Vs Fcmoy Vmoy Récup. Durée
Hebdo
 
11,5 2x6x200m (37’’3) 3:06 50,9 8 19,4 174 12,5 48’’ / 3’ 04:03:00 55:00
9,2 45:32 4:57   (1/6)   132 12,1      
11,5 5x800m (2’49) 3:31     17,1 170 13,2 1'15   52:25
18,7 25’ à 69% 4:36       147 12,5     1:30:03
9,9 2x6x(30/30) 3:07 76,8 9 19,3 173 12,5 3’ 06:53:41 47:25
8,8 47:50 5:26   (2/6)   122 11,0      
11,6 6x500m (1’40) 3:21     17,9 173 12,7 1'   54:50
14,5 3x2000m à 82% 3:51     15,6 163 13,9 2’30   1:02:48
32 03:20:48 6:17       117 9,6      
Total FÉVRIER     126,2 km en 09h56  
11,7 2x5x300m (57’’5) 3:12 70,6 10 18,8 171 12,7 46’’ / 3’ 05:28:36 55:27
9 45:02 5:00   (3/6)   124 12,0      
13,6 2x4x600m (2’06) 3:30     17,1 169 13,1 1'15 / 3’   1:02:23
13,7 15/5’ à 80/85% 3:57     15,2 159 14,2     58:03
22,6 2x25’ à 69% 4:35       137 12,6     1:47:41
13,4 2x8x(45/45) 3:13 73,7 11 18,7 168 12,9 3’ 05:41:36 1:02:16
9,7 46:54 4:50   (4/6)   128 12,4      
11,7 9x400m (1’19) 3:17     18,3 167 12,3 1'   57:00
12 1:00:09 5:01       122 12,0      
21,1 1:24:21 04:00     15 154 11,3     30:56
14,1 2x5x(300m+200m) 3:05 78,5 12 19,5 167 12,4 50’’ / 3’ 06:26:28 1:08:25
10,3 52:00 5:03   (5/6)   122 11,9      
13,9 2x5x500m (1’41) 3:22     17,8 167 12,8 1' / 3’   1:04:56
18,3 30/10/5’ à 75/85/90% 3:49     15,7 160 13,5     1:21:22
21,9 01:59:45 5:28       117 11,0      
11,4 2x6x300m (56’’5) 3:08 76,4 13 19,1 165 12,2 53’’ / 2’30 06:02:25 56:16
10,4 53:08 5:07   (6/6)   116 11,7      
13,1 7x800m (2’45) 3:26     17,5 166 12,7 1'20   1:01:42
13,5 10/10/8’ à 82% 3:49     15,7 164 13,5     1:00:06
28 2x45’ à 69% 4:35       138 12,8     2:11:13
12,6 1:00:04 4:46 56,9 14   128 12,6   04:19:53  
17,1 2x5000m à 80% 3:57     15,2 156 13,7     1:15:05
27,2 2x40’ à 69% 4:36       137 13,1     2:04:44
Total MARS     343,8 km en 27h59  
Après six semaines de ce régime, à base de VMA et d'allures soutenues (10km, semi, marathon), et une septième semaine de transition, il était temps d'engager la préparation spécifique, composée de 2 blocs de 3 semaines, séparés par 1 semaine de récupération et suivis de 2 semaines d'allègement progressif avant l'épreuve.
 
De Pâques à la Pentecôte, rythmés par la petite routine hebdomadaire d'envoi du rapport Garmin à Emmanuel, pour analyse et adaptation des séances à suivre, les 2 blocs de 3 semaines permirent de gonfler la caisse et d'asseoir l'allure spécifique autour de 4'36 à 4'42/km pour une fréquence cardiaque comprise entre 130 et 134 puls. L'objectif de 7h50 semblait donc accessible. Ambitieux sans doute, mais pas irréaliste a priori. Et puis, de toutes façons, à cette époque, il n'y a plus ou pas encore de champignons à cueillir, n'est-ce pas... et aucune raison de lambiner par conséquent.
Une bizarrerie, à nouveau, dans cette deuxième partie de prépa : cette semaine 6/9 sans données de fréquence cardiaque, le cardiofréquencemètre ayant été oublié sur la table de nuit de l'hôtel où Nathalie et moi fêtions nos 20 ans de mariage - Champagne ! - avant d'être récupéré en milieu de semaine suivante. Etrange oubli. Et que diable, d'ailleurs, faisait là cet outil ? Sans doute, après toutes ces années, ledit cardio aurait pu servir à mesurer une éventuelle atténuation de l'ardeur amoureuse ? Mais, non... Quelle idée ! Comment l'ardeur pourrait-elle fléchir ? Sur le conseil avisé de Nabokov, on a bien souscrit - chez Ada - la complémentaire idoine et ainsi assuré la passion, afin de lui éviter, telle un lépidoptère ou une poupée vaudou, de se retrouver quelque beau jour épinglée. Mieux vaut sans doute travailler à la monter en épingle, par sûreté, ou, plus sûrement encore, par passion ! Non... Ce week-end-là, j'utilisais simplement mon cardio en guise de montre.
Distance Temps / détail de la séance Pas Kilom. Hebdo Sem Vs Fcmoy Vmoy Récup. Durée
Hebdo
 
11,7 4x800m (2’45) 3:26 83,9 15 17,5 168 12,4 1'20 06:27:31 56:48
12,4 1:00:28 4:53   (1/9)   129 12,3      
13,8 3x2000m à 87% 3:38     16,5 166 13,5 2'30   1:01:17
14 59:38 4:16       146 14,1      
32 1h45 à 69% 4:37       132 12,9     2:29:20
13,4 1:00:12 4:30 108,2 16   138 13,4 1'20 08:17:01  
14,2 2x5x500m (1’40) 3:21   (2/9) 17,9 167 13,1 1' / 3’   1:04:55
12 57:59 4:50       129 12,4      
16,4 1:16:06 4:38       131 12,9      
16 2x4000m à 84% 3:46     15,9 158 13,7 4'   1:10:14
36,2 2h à 69% 4:36       133 13,0     2:47:35
12 1:00:10 5:01 111,5 17   120 12,0 1'20 08:55:16  
  6x200m (36’’5) 3:03   (3/9) 19,7 165   35’’ / 2’30    
14,1 5x300m (57’’3) 3:11     18,8 166 12,5 48’’ / 2’30   1:07:46
  4x600m (2’03) 3:25     17,6 167   1’    
12,1 59:50 4:57       124 12,1      
12,5 3000+1300m à 88% 3:37     16,6 165 12,8 3'   58:49
15 1:10:38 4:43       132 12,7      
45,8 3h à 67% 4:42       135 12,6     3:38:03
12,2 4x1000m 3:27 59,4 18 17,4 165 13,6 2' 04:27:01 53:44
12 56:52 4:44   (4/9)   124 12,7      
10 37:28 03:45     16 160 10,9     28:34
20 1:30:23 4:31       136 13,3      
Total AVRIL     372,1 km en 28h50  
14,5 1:06:44 4:36 124,7 19   129 13,0 1'20 09:33:13  
14,8 2x4x800m (2’43) 3:24   (5/9) 17,6 171 13,1 1'20 / 3’   1:07:43
10 47:19 4:44       127 12,7      
13,2 1:00:04 4:33       133 13,2      
20 3x4000m à 84% 3:45     16 159 14,0 3'   1:25:34
52,2 4h à 67% 4:42       132 12,7     4:05:49
13,8 2x5x500m (1’41) 3:21 131,8 20 17,9 - 12,3 1'10 / 3’ 10:03:21 1:07:23
12 59:40 4:58   (6/9)   - 12,1      
26,1 1:59:59 4:36       - 13,1      
20,4 4x15’ à 63/69/75/80% -       - 13,5     1:30:50
19,3 2x5000m à 81% 3:56     15,3 154 14,2 5'   1:21:25
40,2 3h à 69% 4:35       134 13,1     3:04:04
13,2 1:00:12 4:34 112,7 21   - 13,2   08:31:02  
14,2 6x1000m à 90% 3:31   (7/9) 17,1 162 13,9 1'30   1:01:20
20,3 1:33:21 4:36       134 13,0      
19,4 3x4000m à 84% 3:45     16 159 14,2 3'   1:22:04
33,3 2h30 à 68% 4:35       133 13,0     2:34:01
12,3 1:00:04 4:53       122 12,3      
12 1:00:10 5:01 65,7 22   117 12,0   05:04:35  
  3x(800/600/300m) à
85/90/95%
3:41   (8/9) 16,3 156        
14,2 3:30     17,1 161 13,3 1’/1’/3’   1:03:55
  3:15     18,5 163        
12,8 1:00:11 4:42       129 12,8      
13 1:00:05 4:37       132 13,0      
13,7 6x1000m à 84% 3:46     15,9 162 13,6 3'   1:00:14
Total MAI     470,1 km en 35h48  
13 59:56 4:37 128,2 23   129 13,0   10:56:30  
9 45:00 5:00   (9/9)   125 12,0      
6,2 30:04 4:51       130 12,4      

A nous les studios... en direct d'il y a 15 jours

A l'issue de ces 9 semaines, tous les voyants sont au vert.
Ma seule inquiétude, toute relative, concerne les prévisions météo. A J-1, celles-ci annoncent un ciel couvert et des températures croissant de 12°C, à 7h du matin, jusqu'à 26°C... à l'heure à laquelle je prévois d'arriver, une "prévision au carré" qui s'avèrera... pas si "carrée".

Samedi 17h - Bref et sage passage au FSE

Comme prévu, je passe au FSE - le Foyer Socio Educatif - de Lanceumont pour y récupérer, outre mon dossard, le matériel nécessaire aux bénévoles du secteur de Landonvillers, lieu du deuxième demi-tour de la course, au KM 77, où 10 bénévoles se relaieront demain, qui pour officier au poste de ravitaillement, qui en tant que signaleur. Hormis Jérémy, un collègue de travail, tous ont été recrutés dans mon arbre généalogique : dans les premières, pas si vieilles, branches comme à ses racines1.
 
Alain et Yvan m'aident à charger les packs d'eau et autres boissons, les éponges, les t-shirts et chapeaux de paille des bénévoles, les oranges, bananes, scoubidous, etc... quand, sur ces entrefaites, arrive Arnaud, mon frérot, qui faisait la route depuis le sud parisien en compagnie de Jean-Jacques et Guillaume, tout deux inscrits sur les 100km.
Nous discutons 5 minutes. Jean-Jacques et Guillaume sont hébergés chez l'habitant, respectivement chez Etienne et Hugues, deux membres du Val Saint-Pierre Athlé, également inscrits sur les 100km (Hugues en solo, Etienne en équipe de 5).
Guillaume, Spikeb91 pour l'intime que je ne suis pourtant pas encore - nous ne prévoyons d'échanger quelques Pensées@Pascal's que dans une semaine, un lundi qu'on espère ensoleillé... en compagnie de Maître Cloclo - se lance sur son premier 100km. Ca s'arrose ! Mais il sera bien temps d'arroser cela demain...
 
On se souhaite une bonne soirée - Jean-Jacques et Guillaume profiteront, sur place, de la pasta party - puis nous prenons la route du retour, Arnaud et moi.
Pasta party en famille. Préparation des affaires : bidons, short, t-shirt, porte-dossard.
Fébrilité inhabituelle. Sensation de ne pas être "dans le coup".
- Bonne nuit !
- Bonne nuit !
 
___________________________________________________________________________
1 Le terme "racines" renvoie traditionnellement et paradoxalement aux hôtes des "branches" de l'arbre généalogique, puisque nous héritons "nos racines" de nos aïeux, logés là-haut dans la canopée. Ici toutefois, par une blagounette de serein serin, sans doute peu chère - cheap, tchip, tchip - aux cartographes arboricoles rompus aux fléchages autorisés des montées de sève, nous proposons un renversement des cîmes et des abysses, une inversion des valeurs - Hi Friedrich ! ¿cómo estás? - dans laquelle nos enfants seraient identifiés comme nos enfanteurs. Shocking ? Well... not so sure ! Après tout, les racines sont dans le sol : là où l'on sème les graines d'un classique et simpliste éternel retour. Ainsi devenons-nous ce que nous sommes. Cela mérite bien un fromage en somme petit somme... à l'ombre du respectable feuillage et en veillant à ne pas se prendre quelque pomme sur le coin de l'oeil - ce serait trop tarte !

Dimanche 4h - Réveil !

Petite nuit, comme avant n'importe quelle compétition, mais plus agitée qu'à l'accoutumée.
Petit-déjeuner solitaire - gatosport et café - avant que Nathalie et Arnaud se lèvent eux aussi. Marion, Peter, Hannah et Elias peuvent en écraser tranquillement... les trois premiers ne rejoindront leur poste, au KM 77, que vers 15h pour relayer Papi, Mamie et la tante Françoise. Mais, non, j'vais pas tout déballer aussi sec - je ferais chou blanc. Laissons donc à sa place l'album de photos de famille. Et intéressons nous plutôt à la photo ADDM, comme nous sommes convenus de nous retrouver à 6h30 tapantes devant le FSE pour immortaliser la participation de 13 membres du forum "ADDM" - Au-Delà Du Marathon - à cette première édition des 100km de Mécleuves, facétieusement rebaptisés pour l'occasion et par ces joyeux lurons : 100km de Makelove. Philippe B, aka 4est, a même fait floquer 3 maillots blancs immaculés avec le logo Makelove100, aux 3 couleurs RVB, de quoi dûment vêtir 3 des 100 cent-bornards du jour, parés pour une épreuve qu'on ne pratique guère dans le plus simple appareil, par pudeur d'abord, par respect de la loi ensuite, et plus sûrement encore pour éviter de douloureux frottements ainsi qu'une sérieuse perte d'aérodynamisme.

6h30 - Photo ADDM

Nathalie, qui a déjà enfourché son vélo dont le panier chargé à bloc menace de la déséquilibrer à tout instant, tente de faire faire risette (mais sans remise à zéro, hein ! c'est pas le moment !) aux 8 ADDM présents devant le car-podium où, cet après-midi, les récompenses seront remises.
La provenance des ADDM est représentative du rayonnement, encore timide mais déjà prometteur, de l'épreuve : 2 messins, 1 nancéien, 1 meusien, 4 "parisiens" (77,78,91,92), 2 belges, 1 bourguignonne (tous des fondus, ces ADDM !) et 2 représentants des régions de Franche-Comté et Champagne-Ardennes.
 
Après quelques "ouistiti !" sautillants et autres "cheese !" affinés, la photo est dans la boîte.
De gauche à droite : Spikeb91, 4est, Hermagot, J2J, Oli89, Hikaru, Jess, Palmatum77
Absents de la photo : Sarcey52, Stéphanie, Skippy7880, Wnad, Nono5508
Makelove100 - 8/13 du staff ADDM

Makelove100 - 8/13 du staff ADDM

Mais nous voila déjà à 15' du départ !
Insensiblement, la tension monte. Comme la température, d'ailleurs, qui doit déjà avoir dépassé les 15°C. Philippe Manzano, organisateur en chef de ce 100km, appelle les concurrents à se rapprocher du car-podium et entame un speech de bienvenue. Puis, il rappelle les caractéristiques du parcours constitué d'une boucle de 6km et de deux allers-retours. Les cent-bornards comme les relayeurs - Phil est fan, comme moi ! - parcourront donc la boucle de 6km et les 2 allers-retours dans l'ordre suivant : 6km + 50km (AR) + 6km + 32km (AR) + 6km. En outre, à chaque passage au FSE, soit aux KM 1, 7, 62, 94 et à l'arrivée, on parcourra une mini-boucle de 500m pour repasser devant le car-podium et les animations et profiter du ravitaillement (cf. le détail du parcours ici - Philippe n'a pas le temps de nous raconter tout ça tout de suite... je vous rappelle que nous prenons le départ dans moins de 10' maintenant).

7h - Départ du 100km et du relais 5x20km

Philippe nous invite à suivre le concepteur du circuit, présent dans la foule des cent-bornards et qu'il désigne du doigt. Ce dernier porte le dossard 11. Eh ! Mais... c'est moi !
Nous me suivons donc et nous engageons sur la petite route qui quitte Lanceumont en direction de Courcelles-sur-Nied. Cette route, nous la reprendrons tout à l'heure, après 62km de course... Mais n'anticipons pas ! Dans l'immédiat, ce sont quelque 500m qui nous séparent de la ligne de départ et que nous arpentons d'un bon pas, en discutant gaiement pour la plupart ; non pas que nous sachions à quoi nous attendre - beaucoup de participants sont néophytes aujourd'hui et tous quasiment découvrent ce parcours - mais une sorte de joviale impatience semble habiter le peloton, alors que les plus affranchis goûtent en silence un gai savoir... qu'ils savent néanmoins tout relatif.
 
Philippe nous adresse encore quelques mots et donne enfin le départ ! 
Les relayeurs partent bien entendu à tombeau ouvert... et presque aussi vite que le futur vainqueur en solo, Christophe Béthune, adepte des départs canon. Personne, pour le moment, ne marche encore comme un canard. Seul Angus Young, à son frêle corps d'écolier défendant, prête son riff endiablé et son "Duck Walk" à la vidéo du départ, réalisée par Alain Dussart, co-organisateur des 100km, et qui nous pressent engagés sur quelque autoroute infernale.
Départ canon de Christophe Béthune, suivi de près par Olivier Cabrera...Départ canon de Christophe Béthune, suivi de près par Olivier Cabrera...

Départ canon de Christophe Béthune, suivi de près par Olivier Cabrera...

Dans la foulée de Christophe Béthune et Olivier Cabrera, portant respectivement les dossards 5 et 10, on retrouve Emmanuel Vincent (dossard 9), prétendant le plus sérieux au titre de champion de Lorraine (dont j'hériterai par défaut - j'y reviendrai), puis Fabien Schlegel (dossard 30) et Raphael Pecheur (dossard 104) qui affichent également des références les plaçant potentiellement dans le Top10 du jour.
Arrive ensuite un peloton plus compact en tête duquel je me trouve en fort bonne compagnie et en pleine discussion avec Frédéric Mary - ADDMement parlant : Sarcey52, portant le dossard 13 -  et Sylvain Marlot (dossard 80) aka Slym Fast dont je fais enfin la connaissance "In Real Life" et avec qui je jouerai aujourd'hui au chat, au poulet et à la souris - jeu d'endurance - à l'heure du plat de résistance. Juste devant nous, c'est Philippe Kieffer (dossard 115), avec qui j'ai pas mal échangé ces dernières semaines ; et juste derrière, ce sont encore des copains, en solo ou en équipe, parmi lesquels Didier Lemoine, Laurent Léger, RV Mittelbronn, Régis Leclaire,... Quelle belle réunion ! Ca fait chaud au coeur... en attendant de faire chaud - trop chaud ! - au corps.
2ème groupe : je finis, nous finissons (bien que, pour l'instant, nous commencions plutôt)2ème groupe : je finis, nous finissons (bien que, pour l'instant, nous commencions plutôt)

2ème groupe : je finis, nous finissons (bien que, pour l'instant, nous commencions plutôt)

Après 600m de descente, favorisant les départs téméraires, nous entrons prudemment dans Lanceumont et bifurquons aussitôt à gauche pour nous diriger vers le FSE en parcourant pour la première fois, dans le sens des aiguilles d'une montre, le "haricot" que nous parcourrons par la suite, dans le "sens trigo", à chaque passage au FSE  - km 7, 62, 94, 100 - afin de bénéficier de l'animation de ce point central : Village Handicap, Epreuves de Pelou, restauration, buvette et... visiteurs, spectateurs, supporters !
CR - 100km de Mécleuves - Part 1
CR - 100km de Mécleuves - Part 1
Passé le premier kilomètre, nous nous engageons sur la première petite boucle qui va nous faire traverser Frontigny puis revenir à Mécleuves et Lanceumont après avoir longé sur 2km la D955, section sans doute la moins agréable du parcours.
Au Km 2, bien sûr, on rigole !  Comme dirait Sylvain : "ça, c'était avant"

Au Km 2, bien sûr, on rigole ! Comme dirait Sylvain : "ça, c'était avant"

A partir du Km 3, Sylvain, Philippe et moi avançons à trois de front en devisant gaiement... de course à pied principalement. L'ambiance est détendue, bon enfant. Toutefois, bien que frais, d'humeur joviale, et pas encore à l'affût des premiers signes d'essouflement du moteur ou de soucis mécaniques divers, nous notons que le dénivelé, même discret, s'avère bien présent dès le tour de chauffe. D'autre part, le ciel est bien dégagé (il ne sera que très subrepticement et timidement couvert aujourd'hui) et avant que 8h aient sonné, nous savons déjà que, de ce côté, cela risque de clocher : ça va chauffer !
CR - 100km de Mécleuves - Part 1
Au Km 5, on passe sous la voie rapide pour entrer dans le village de Mécleuves.
Je ne suis sans doute pas le seul à apprécier cette section qui correspond aux 2 derniers km de la Ronde hivernale du Val Saint-Pierre. Nombreux sont les coureurs présents aujourd'hui, en équipe mais également en solo, à participer chaque année à cette Ronde, première course sur route du calendrier mosellan, et qui attire bon an mal an quelque 500 à 600 participants pour 13,5km au départ du FSE de Lanceumont.
Nous pénétrons donc dans Mécleuves par une longue ligne droite en faux plat descendant au bout de laquelle on tourne à gauche. Puis, sans chicaner, on passe la chicane en côte afin de contourner l'église et finir de monter en pente douce jusqu'au rond-point qui va nous faire sortir de Mécleuves en direction de Lanceumont : 1km entre champs, à plat, avant de plonger au fond d'une cuvette et de remonter vers le FSE, acclamés par les signaleurs, les coéquipiers et les spectateurs, déjà nombreux à cette heure pourtant encore matinale.
Le trio PCS s'extrait de la "cuvette" pour entamer le "haricot" du FSE...

Le trio PCS s'extrait de la "cuvette" pour entamer le "haricot" du FSE...

Nous empruntons ensuite, pour la dexuième fois, le "haricot", mais désormais dans le "sens trigo", et profitons du ravitaillement du 7ème km, sans toutefois nous y arrêter trop longtemps. Du coup, nous repartons à 4, en compagnie d'Olivier qui, lui, a marqué une pause au "ravito".
De gauche à droite : Philippe, Olivier, ma pomme, Sylvain

De gauche à droite : Philippe, Olivier, ma pomme, Sylvain

Au sortir du "haricot", nous allons maintenant - enfin ! - pouvoir retrouver nos accompagnateurs, postés au Km 8, parés à enfourcher leur mécanique destrier pour parcourir à nos côtés les 92km restants. Enfin... pas tout à fait. En réalité, au sein de notre quatuor, seuls Sylvain et moi sommes accompagnés, Philippe et Olivier courant en solo.
Pour ma part, je retrouve donc Nathalie, prête à s'élancer pour 92km à pédaler, ravitailler, encourager, conseiller.... et faire silence également quand c'est nécessaire. D'aucuns y verront l'expression d'une passion commune et partagée. J'apprécie, quant à moi, la présence de mon épouse à mes côtés pour ce qu'elle est : une preuve d'amour.
CR - 100km de Mécleuves - Part 1

7h35 - En route pour Marieulles !

Nous voila maintenant embarqués pour un aller-retour entre Lanceumont et Marieulles dont 25km nous séparent. Cette section, la plus vallonnée du parcours, est en 3 parties : ce sont d'abord 7km de piste cyclable et de route, puis 5km de chemin et de voie verte en sous-bois, et enfin 14km de route.
 
Au départ de Frontigny, on utilise tout d'abord la piste cyclable bien connue des aficionados de la Ronde du Val-Saint-Pierre et qui nous amène jusqu'à Jury. Sylvain et son accompagnateur ont pris un peu d'avance. Olivier est devant également et discute avec Emmanuel Vincent (que je pensais déjà loin). Je reste en retrait, conseillé par Nathalie qui m'enjoint de ne pas m'emballer et de ne pas "aller chercher" - ouaf ! - les garçons qui trottent devant. J'obtempère. Je n'ai personne à aller chercher. Je fais ma course. Philippe est quelques décamètres derrière nous. La journée est belle et déjà chaude (je me répète, mais ce paramètre va vite devenir prépondérant, justifiant a posteriori un traitement obsessionnel). Seul point noir au tableau : la montre GPS que Nathalie porte au poignet refuse obstinément de fonctionner. Elle devra donc me faire confiance et, dans les faits, me demandera régulièrement si je n'ai pas accéléré. Mais, de moi-même, je lui communique à intervalles réguliers les infos fournies par mon propre Garmin que j'ai programmé pour générer des "laps" automatiques tous les 5km, afin de connaître en permanence mon allure moyenne sur la "tranche" en cours. Je garde un oeil également sur la fréquence cardiaque. La consigne, en ce début de course est d'amener l'allure progressivement de 4'50 à 4'36/km (13km/h), tout en restant dans une plage de fréquence cardiaque raisonnable, soit 130-135 puls.
Distance
Cumulée
5 10 15 20 25 30 35
Temps / 5km 23:17 22:53 22:56 23:09 22:27 24:13 23:04
Temps cumulé 23:17 46:10 01:09:06 01:32:15 01:54:42 02:18:55 02:41:59
Pas moy 04:39 04:35 04:35 04:38 04:29 04:51 04:37
D+ 23 18 44 30 24 57 54
D- 37 34 27 37 48 29 56
FCmoy 134 137 139 137 138 136 141
Olivier gère son allure comme à son habitude, au feeling. Sans avoir accéléré, nous le rattrapons bientôt. On discute un peu. Pas très longtemps. J'ai besoin de rentrer dans ma bulle pour me concentrer sur ma course. Le dixième km est passé en 46'10. Impeccable. Peut-être un poil trop rapide. Je prévoyais une période de 46' par 10km à partir du 15ème voire du 20ème km seulement. La tranche suivante est mal gérée. Il me semble que je m'en rends compte sur le moment et que je cherche à lever le pied - littéralement : je raccourcis la foulée et tâche de "rebondir" gracieusement, tel une gazelle à la grâce pachydermique ; je réduis le pas en X pour l'augmenter en Z ; je prends de l'altitude, quoi - mais le résultat n'est guère probant : la troisième tranche (10km-15km) est parcourue en 22'56 malgré un dénivelé positif (la sortie de Jury et les 2 belles bosses de la Ronde du VSP) qui aurait dû me faire passer en 23'15 ou 23'20. Ce n'est de toutes façons pas à ce stade de la corse qu'il faut se soucier de quelques malheureuses dizaines de secondes : celles qu'on cherche, consciemment ou non, à "gagner" maintenant seront perdues au centuple dans les dernières tranches du parcours ! Les pulsations cardiaques confirment cette mauvaise gestion. Je le note au passage et me concentre sur ma foulée, ma respiration, ma bulle, à la recherche du mouvement le plus économique, le moins énergivore.
Depuis le 8ème km, on a enclenché le protocole d'hydratation/alimentation répété à l'entrainement lors des sorties longues. Toutes les 10 à 15 minutes, je prends une ou deux gorgées de boisson en respectant l'alternance suivante : citron, orange, tomate ("soussoupe !"), St-Yorre, citron, orange, etc... Les deux boissons énergétiques sucrées se complètent bien, notamment en terme d'apports minéraux, la boisson salée "casse" le (dé)goût du sucre tout en fournissant le carburant nécessaire - des glucides "lents", comme on disait au temps de papa, et puis d'autres un peu plus "rapides" -, la St-Yorre rafraîchit, reminéralise et... nettoie tout ça (fonctions "rince-bouche" et "décrassage d'oesophage").
CR - 100km de Mécleuves - Part 1
En plongeant sous les frondaisons du Bois de l'Hôpital, on doit adapter sa foulée et veiller à ne pas trébucher sur les cailloux et racines qui affleurent de-ci de-là. Le chemin longe l'Etang Peigneux et rejoint bientôt la Voie Verte du Vernois qui s'ouvre telle une autoroute aux cent-bornards et relayeurs, évoluant dès lors en site propre et... à l'ombre.
La fraîcheur est la bienvenue. Elle est même franchement revigorante. Mais il ne faudrait pas qu'elle nous booste trop, car cette portion de voie verte, en faux plat montant (1%) sur 2km, invite plutôt le coureur à "temporiser" avant de profiter du ravitaillement du 16ème km, au lieu-dit de la Maison de l'Adjudant, et de redescendre vers Verny par une pente plus franche (3%) sur 1km.
CR - 100km de Mécleuves - Part 1
Le "ravito" du 16ème est tenu notamment par Laurent Roth, un collègue (et coureur), et son épouse Doris. Nathalie s'y arrête quelques minutes, en même temps qu'Olivier dont elle me rapportera ensuite les conseils de prudence, Olivier lui ayant demandé si je n'allais pas "un peu vite". Il a raison. Comme, d'ailleurs, il a raison de prendre le temps de s'arrêter et ainsi de s'économiser à chaque ravito.
Cette zone-là, piégeuse, ou ce moment-là de la course peut-être, semble avoir un effet euphorisant sur certains. En effet, je ne suis pas le seul à avoir baissé ma garde et laissé les chevaux s'emballer quelque peu : au moment où Nathalie m'invite à calmer l'allure, nous voyons Laurent Léger nous passer, facile et fringant, à un train qui me semble assez soutenu.
En voyant Laurent passer ainsi et sachant qu'il se lançait là sur son premier cent bornes, j'ai tout d'abord le réflexe de lui suggérer de lever le pied. On avait un peu discuté à ce sujet, pendant la prépa, et je lui avais conseillé d'adopter dès le départ un rythme régulier - environ 3km/h en-dessous de l'allure marathon du moment - et de ne pas s'emballer... avant le 80ème. Mais en le voyant ainsi concentré, dans sa bulle, je préfère m'abstenir, considérant qu'il est dans SA course et qu'il sait ce qu'il fait. Par contre, ce "flash" (je ne m'attendais pas à me faire doubler à ce moment-là, ni à cette allure-là, alors que j'avais conscience d'avoir moi-même un peu accéléré) produit sur moi un effet immédiat : je lève le pied incontinent... et m'autorise une pause de 20", autant pour soulager ma vessie que pour ne pas manquer, après coup, ce jeu de mots idiot.
 
La 4ème "tranche" est bien passée. Les "puls" ont baissé. Le semi devrait être "rentré" en 1h37, soit 3h14 au marathon2. On est pile-poil dans les clous... où, par définition, il convient de passer. Et pour cause : nous arrivons à Verny, premier point de passage de relais pour les équipes de 5 coureurs (dossards 200 et plus).
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2 Ces 3h14 semblent m'inviter, si je sais/peux être régulier, à quelque hilarante pause-miction au Km 84.4.
Il ne m'en fallait pas plus - pauvre garçon ! - pour retenir cette valeur-cible, après avoir tronqué les décimales inutiles de Pi, gage de réussite de mon odyssée.
CR - 100km de Mécleuves - Part 1

8h44 - Verny - premier passage de relais

Nous traversons la D913, protégés par plusieurs motards/signaleurs affectés à la sécurité de l'épreuve, et nous engageons sur la route d'accès au Groupe Fortifié de l'Aisne, sans toutefois - ouf ! - ressentir la moindre trace de début de pubalgie. La petite route se rétrécit bientôt avant de se transformer en piste cyclable puis en voie piétonne par laquelle nous débouchons triomphalement dans Verny, portés par les encouragements des nombreux coureurs qui attendent ici l'arrivée du premier relayeur de leur équipe.
On se rappelle en effet, bien que je n'en parle guère - shame on me ! -, que 20 équipes de 5 coureurs ont pris le départ ce matin, en même temps que les cent-bornards (cf. les pages 5 et 6 de la liste des inscrits). Les 2 premiers relais sont à la fois les plus longs (21,4 puis 22,4km) et les plus pentus. Le second présente la particularité d'avoir son point de départ et son point d'arrivée confondus, expliquant la présence à Verny d'une foule compacte, colorée et effervescente : chaque équipe a ici, au minimum, ses relayeurs n°2 et 3, soit 40 équipiers au bas mot, impatients de voir arriver leur premier relayeur.
Nathalie s'arrête au poste de ravitaillement et se restaure pendant que je poursuis sur ma lancée, en pente douce descendante. Cette pente, même douce, tombe à pic, comme elle me permet d'emmagasiner un peu d'énergie - Ec=1/2mv² - pour attaquer la côtelette de la rue des Fontenottes : 280m à 4,2% - hou, la coquine ! -, un interlude bienvenu tant qu'il est bien géré. Dont acte : on raccourcit la foulée et on mouline gentiment en prenant son temps. Arrivé au sommet, on suit les consignes du signaleur - ah ? c'est par là ? vous êtes sûr ? bon, d'accord ! - en prenant à gauche pour dévaler, toujours modérément, le dénivelé qu'on venait tout juste d'engloutir. Quel gueuleton décidément ! Certes, les pourcentages ne sont jamais très conséquents, ou bien sur des distances négligeables, mais, d'un autre côté, cet aller-retour Lanceumont-Marieulles n'est jamais plat ! Et, ma foi, ce n'est pas plus mal. Cela évite la monotonie qu'il faudra gérer bientôt, lors du deuxième aller-retour, entre les Km 62 et 94.
Au bas de la rue du Château, on bifurque à droite dans la rue de la gare, en direction de Pommérieux. Cette partie - la sortie de Verny - n'est pas très agréable et demande une certaine vigilance, comme les automobilistes y roulent assez vite et que la visibilité y est limitée, avec des bosses et des virages délimitant des sections courtes. Heureusement, après 1km de cette voirie rurbaine peu accueillante, on retrouve la campagne, les vaches, les abeilles, les p'tits oiseaux et l'envie d'en découdre... et l'allant pour pousser jusqu'à Pommérieux, puis Sillegny et enfin Marieulles, terme de cet aller qu'on parcourra bientôt en sens inverse.
Le Km 25 est atteint en un peu moins de 1h55 après un nouveau joli petit coup de c.. menant au centre de Pommérieux. Nous sommes au quart de course. Rapide calcul : en tablant sur un rythme constant (peu plausible), on serait sur une base de 7h40, soit l'objectif que je m'étais fixé 9 ans plus tôt sur mon premier 100 bornes, à Theillay, en Sologne. Les sensations du moment étant bonnes, il y a tout lieu d'être confiant. Si une baisse de régime est inévitable sur la fin, le "matelas" de 10 minutes d'avance dont je dispose virtuellement doit me permettre d'assurer les 7h50 visées aujourd'hui.
Je ne m'inquiète pas outre mesure de mon allure, passée de 4'38 à 4'29/km. Sur le moment, il me semble que le dénivelé explique cette accélération. La lecture du rapport Garmin (ci-dessus) le confirme après coup (48m de D- pour 24m de D+)... mais il n'empêche que je me suis un peu emballé sur cette tranche-là - l'effet des encouragements à Verny, peut-être ? - et qu'il va à nouveau falloir temporiser, calmer le jeu et faire baisser la fréquence cardiaque.
Allez... on continue ! Citron, orange, tomate, St-Yorre... Forza !
Olivier est sur nos talons, encouragé et ravitaillé par ses parents qui font des sauts de puce en voiture le long du parcours et que nous saluons régulièrement3 en passant à leur hauteur.
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3 Je les reverrai très vraisemblablement après-demain, à Puttelange aux Lacs, où Olivier courra son dixième 24h à l'occasion de la dixième et dernière édition des 24h pour Quentin... qu'on ne manquerait sous aucun prétexte.
CR - 100km de Mécleuves - Part 1
La sortie de Pommérieux se fait dans un cadre idyllique, champêtre à souhait, bucolique en diable, et qui me plaît vraiment beaucoup - l'eût on cru ?
On déroule d'abord gentiment, en pente douce, dans une large courbe à gauche, puis à droite, pour franchir un pont4 flanqué de bleues rambardes - logique, après une courbe à droite, mais il faudra que je pense à vérifier leur couleur au retour -, négligemment jeté sur la Seille, avant de s'engager sur une longue section de la D67, rectiligne, plate et bordée d'arbres, menant à Sillégny.
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4 "Un pont trop loin !" diront certains ?
"Que nenni !", je me récrie, comme ce cent-bornes relie le Val de Seille, à l'Ouest, au Val de Nied, à l'Est, et qu'on ne saurait décemment baisser les bras, et ici s'arrêter, avant que d'avoir bientôt rejoint le Pays de Nied voisin.
Pont républicain champêtre

Pont républicain champêtre

L'entrée de Sillégny est, comme celle de Pommérieux 2km plus tôt, le lieu et l'occasion d'une petite blagounette comme seul ce premier aller-retour campagnard sait en réserver : un raidillon à 5% qu'on escalade sur 200m avant d'arriver sur la place du village où un bienvenu ravitaillement nous est proposé à l'ombre des cyprès (NDLR : nul cyprès sur cette place en réalité ; l'auteur a vraisemblablement inventé ce détail afin d'améliorer la sonorité de sa prose emphatique).
 
A la sortie Sud du village, on traverse la D5, un axe très passant mais bien sécurisé - l'heure n'est pas venue de trépasser -, pour s'élancer, toujours plein Ouest, vers la Forêt Domaniale des Six-Cantons dont les frondaisons bientôt nous abriteront. Mais avant d'atteindre la fraîcheur, toute relative, de la sylve, il nous faut parcourir un bon kilomètre - plutôt 1,5 - sur un faux-plat montant à découvert, exposant nos organismes au soleil déjà brûlant (NDLR : il en rajoute, le bougre ! Ne vous laissez pas faire ! N'hésitez pas à déposer une pétition !) de ce milieu de matinée.
CR - 100km de Mécleuves - Part 1
Et ça chauffe ! Et ça cogne ! Ca tape dur !
De sorte que, cette jolie mais cuisante section passée,
Le rafraîchissant plongeon qui sous le vert ramage s'ensuit
D'une gratitude éplorée aussitôt nous emplit.

Dans le même temps, par un effet de vases communicants sans doute - ladite gratitude ayant pris toute la place disponible -, il va me falloir songer à me vider quelque peu. L'environnement s'y prête. Je le lui rends. Et impose une pause... provoquant l'hilarité de Sylvain qui nous talonnait et me taquine, haussant la voix, en passant à hauteur du chemin de débardage que je viens d'emprunter. En cet instant, je ne suis certes pas le plus élégant des hôtes de ces bois - d'autant moins que je reste aux aguets, suspectant la possible irruption de quelque gorille en rut, sur la Route de Madison lancé pour Clint et Georges marier - mais à tout le moins suis-je délesté d'une gêne qui bêtement m'encombrait. Sur ces entrefaites, je redémarre enfin ! Joyeux, confiant et plein d'entrain.
 
Cette macropause m'a fait du bien. Les puls sont redescendues. Je reprends un gentil petit rythme, profitant d'une fraîcheur que je sais provisoire. 2km plus loin, peu après avoir franchi le trentième kilomètre en 2h19, nous ressortons de la forêt. En pleine lumière. En plein cagnard.
 
Nous allons bientôt passer sous l'Autoroute A31 - barreau "vertical" entre Metz et Nancy - puis prendre plein Nord, à angle droit, et atteindre Marieulles, après une énième côte qui devra être gérée intelligemment, car longue et pentue. C'est aussi le moment, pour Nathalie, de refaire mon stock de boissons. En effet, à raison d'un litre par heure de course, les 2,4l des 4 bidons (2x0,5+0,6+0,8) embarqués dans le panier de son vélo me permettent de tenir pendant 2h20 à 2h30, soit 30 à 32km. C'est d'ailleurs un bon indicateur du respect du protocole d'hydratation : alors que nous sommes à mi-côte, Nathalie me confirme que les bidons sont tous vides et elle part donc, prenant un peu d'avance, pour aller les recharger en eau au poste de ravitaillement du Km 32, là où 15 jours plus tôt elle prenait le départ de la Mariole.
 
De mon côté, depuis 2 ou 3km, je mène de petits calculs afin de prédire l'endroit où je vais croiser le premier en fonction de sont état de forme présumé. Comme il me le confirmera plus tard, sous une douche glacée que nous partageons à l'arrivée, je sais que Christophe vise un chrono entre 7h et 7h15. Mais je me doute aussi qu'avec ces conditions météo et un départ plutôt rapide, il est possible voire probable que cet objectif soit à revoir à la baisse... Et Christophe Béthune nous croise, précisément à mi-côte, juste avant que Nathalie parte en éclaireur vers le "ravito du 32". Au premier tiers de ce 100 bornes, le premier a donc plus de 2km d'avance sur moi. Ca me va.
Je ne croiserai pas d'autres coureurs avant de ressortir de la boucle de Marieulles, longue de presque 2km. C'est le même petit jeu de cache-cache qu'à St-Affrique : Sylvain n'est pas loin devant et Olivier, sur mes talons (de mémoire, il doit me passer avant de ressortir de la boucle), mais 4 autres sont devant nous également qu'on reprendra plus tard. Ou pas.
Pour l'instant, nous sommes tous les 7 enfermés dans cette boucle de Marieulles, en forme de coeur, occupés à opérer la première bascule : ce premier demi-tour qui va nous renvoyer, avec de l'élan - et avec de l'allant également -, vers notre point de départ - le FSE de Lanceumont - en croisant sur notre route les cent-bornards qui nous précèdent.
CR - 100km de Mécleuves - Part 1

To be continued...

Publié dans 100km, Intercontrat 2

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SLYMFAST 24/06/2015 13:05

plat de résistance très intéressant. Maintenant on attend le dessert.

Hermagot 24/06/2015 13:37

Hé ! Tu as (déjà) pris un peu d'avance, Sylvain !
Nous n'en sommes qu'au hors-doeuvre, avec la première boucle de 6km.
Le plat de "résistance" (plutôt d'endurance... c'est bien là l'erreur la plus classique pas simple à éviter) ne commencera qu'au 8ème km, après avoir récupéré notre accompagnateur monté sur biclou...
Mais... on y arrive ! ;-)

SLYMFAST 18/06/2015 20:32

Très bel amuse-bouche. Je suis admiratif devant vos récits d'aventures. Vivement la suite...