Manif pour tous... contre tous

Publié le par Hermagot

Ce billet paraîtra sans doute décalé, à moi le premier, puisqu'il n'y est guère question de course à pied. Aussi j'entends déjà les sots, comme un écho au bruit de bottes, bleues et roses, du week-end dernier : "Cours, Forest ! [et ne t'occupe donc pas de penser... on s'en charge pour toi]." Soit. C'est effectivement ainsi que je procède en temps normal : comme beaucoup, je cours pour mieux penser... et panser. Aux non coureurs cette évidence paraîtra sans doute une absurdité. Mais là n'est pas le propos.
 
La course a pied a, parmi d'autres vertus, celle d'apaiser la plupart des souffrances et des colères. Pourtant, cette fois-ci, je crains que courir ne puisse suffire. La colère est trop grande, l'indignation trop vive, et je ne pense pas que la poésie, que la méditation, que ma petite sortie méridienne et son modeste mais bienvenu apport d'endorphines me permettent d'accepter le déferlement de haine de ces manifestants aux slogans aussi mortifères que bon enfant (celui qui a un papa et une maman).
 
Pour la famille... disent-ils.
C'est tout le problème sans doute : pour LA famille... et non pour LES familleS.
Comme si on choisissait d'être homosexuel.
Comme si, étant homosexuel, on choisissait son désir de fonder une famille.
Comme si, ayant fait ces deux "choix", on ne pouvait alors qu'accepter (comme une punition divine sans doute, conséquence inévitable, mais choisie et voulue, du péché) la marginalité... et les voyages à l'étranger.
 
Traditionnellement, pour tous, les voyages forment la jeunesse.
Homosexuellement, pour quelques unes, ils permettent désormais de la concevoir. Plus exactement, ils sont l'épreuve imposée pour avoir le droit d'enfanter. Pour avoir le droit d'être soi.
 
En revendiquant leur propre droit à la cécité, mais surtout en voulant imposer à tous (pour qui la "manif" se veut) un devoir de déni de la réalité, les traditionnalistes réussissent ce tour de force de répandre la puanteur d'une pourriture, certes noble, mais résultant curieusement d'une pensée... pas mûre. Peut-être la cause de ces déréglements est-elle à rechercher dans le réchauffement climatique... dont on n'attendait guère pareille blague (quoique... roses ou bleus, nous sommes tous des ours blancs).
En effet, le temps fera son oeuvre qui imposera tôt ou tard - ce sera évidemment toujours trop tard - ces libertés, aujourd'hui quémandées, comme une évidence trop longtemps refusée.
Dans une génération, deux tout au plus, quelle famille n'aura pas son "mouton noir", hier honni et rejeté, désormais chéri et protégé ? Qui pourra encore manifester "POUR la famille", comme ces jours-ci, sans réaliser qu'il agit(e) CONTRE cette dernière en réalité ? Qui osera encore prétendre interdire l'amour par amour ?!
 
Ce n'est donc qu'une question de temps. Et de seuil d'acceptabilité de l'effectif à sacrifier.
Aussi, j'aurais mieux fait d'aller courir ce midi, moi ! Mais non, il pleut vraiment trop !
Ce n'est décidément qu'une question de temps.